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Situation complexe au Mali: Coup de force ou coup d’État et après ?

Neuf mois après le coup d’État, les militaires maliens ont suspendu le président et le Premier ministre de transition. Retour en arrière et grosse inquiétude sur le rétablissement de la démocratie au Mali.
On pensait le Mali sur la voie du retour à la démocratie après le putsch du 18 août 2020. Raté. Ce qui s’est passé lundi 24 mai à Bamako n’est pas techniquement un nouveau coup d’État, qui serait le cinquième depuis l’indépendance, mais y ressemble comme deux gouttes d’eau.
Deux problèmes majeurs sont à l’origine de ce drame politique, le premier se tient au système juridique mis en place après le coup d’État d’août passé. Le second est d’ordre politique, une classe politique malienne fracturée, sans direction et sans proposition, la contestation est sa meilleure pression.

Problème juridique constitutionnel

La charte de la transition adoptée, le 12 septembre 2020, par les forces vives de la nation malienne, à l’issue de trois jours de concertation. Elle fixe à 18 mois la durée de la transition et met en place quatre organes de transition: Le Président, Le Conseil national de transition qui fera office d’assemblée nationale. Le Premier ministre, le vice-président. Cette architecture de gestion du pouvoir n’était pas familière au Mali, le processus
décisionnel et politique étant implicitement établi en faveur de militaires. D’où l’existence de deux pouvoirs très proches mais éloignés comme la terre et le ciel, en occurrence le pouvoir légal et le pouvoir réel, le premier est détenu par les trois organes de transition ( Président, Premier Ministre, le conseil national de la transition), ces trois organes sont en réalités que des coquilles vides, dépourvus de pouvoir de décision. Le second est détenu par les putschistes qui détiennent le réel pouvoir, qui font et défont, l’exemple de l’arrestation du Président et son premier Ministre est emblématique.
Cette situation crée une impasse qui tire son origine à la suspension implicite de la constitution au profit de la charte et la création de la fonction du Vice-président, en d’autres termes, si celui-ci était indispensable, il fallait se passer de la fonction du premier ministre, ainsi tel Président et tel Vice Président allait gérer l’exécutif et cela crée un climat d’entente et de confiance, mais dans un exécutif tricéphale c’est toujours la troisième tête qui est hors-jeu.
En substance, dans une perspective de la bonne gestion de la transition, il faut supprimer la fonction du premier Ministre au profit du Président, qui devient par voie de conséquence chef de gouvernement, cet exemple existe dans moult pays notamment au Ghana tout proche.

Problème politique

Fer de lance de la fronde qui a mené au coup d’État du 18 août 2020, le M5 considère que la transition lui a été confisquée. Et ses membres entendent incarner l’opposition face aux militaires, comme ils l’avaient fait sous la présidence d’IBK.
« Le M5 est mort de sa belle mort. En septembre 2020, alors que s’installent les autorités de la transition, Issa Kaou Djim prononçait l’acte de décès politique du M5. L’ex-coordinateur général de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS), devenu quatrième vice-président du Conseil national de la transition (CNT), fut pourtant l’un des fervents porte-parole de la lutte un temps incarnée par le M5 face au régime d’Ibrahim Boubacar Keïta.
Comme Issa Kaou Djim, plusieurs de ses figures emblématiques ont pris leurs distances avec les contestataires ou estimé que la mission du mouvement s’était achevée avec la chute de l’ancien chef de l’État. Des positions qui se sont généralement accompagnées de prises de fonctions au sein de la transition.

« La junte a réussi là où IBK avait échoué.

Pendant toute la mobilisation, l’ancien chef de l’État a cherché à faire imploser le M5. Les militaires y sont parvenus en débauchant plusieurs personnalités. Une manière d’atténuer son influence sur la transition ». estime un expert politique.
Ainsi les perdants aux fonctions politiques deviennent toujours des opposants, “Nous ne sommes pas dans une logique quand il s’agit d’opposants au Mali, ce sont les mêmes gens qui veulent gérer le même système”
Et c’est bien un rôle d’opposant qu’entendent camper les routiers de la politique malienne membres du M5-RFP, qui ont longtemps joué ce rôle dans des régimes en place. Parmi eux, Sy Kadiatou Sow, déjà très active lors des manifestations de 1990, qui ont mené à la chute du régime de Moussa Traoré, Mountaga Tall, chef de l’opposition parlementaire à une époque, ou encore le cinéaste Cheick Oumar Sissoko, Choguel Maïga qui s’autoproclame comme l’héritier du régime militaire 1968-1991.
Faute de discussion avec les autorités de la transition, le mouvement s’arme et arme et multiplie les meetings, se préparant à de nouveaux appels à la désobéissance civile et à des manifestations de masse. Dans l’optique de les calmer que le premier gouvernement ait démissionné.
La seule et unique solution qui prévaut est le dialogue intermalien, les sanctions de la communauté internationale sont improductives, le cas de la Birmanie, de la Biélorussie sont illustratives.
Outre ces deux problèmes, il préexiste un autre problème qui est d’ordre géopolitique, le Mali n’est plus le Pays moins avancés, il est dorénavant sur l’échiquier mondial, dont il faut analyser sous ce prisme, que nous allons en parler dans un autre Article.
Pendant ce temps, le temps passe, l’insécurité est grandissante, la pauvreté devient la paupérisation, le climat d’affaires se détériore davantage, les maliens lambdas se sentent blessés dans leur honneur et dignité, les Partis politiques et la société civile n’ont plus d’initiatives.
Pour la survie du Mali, l’ère n’est plus de la politique politicienne mais du patriotisme politique.

 

Guindo Issiaka, étudiant à l’université de Paris.

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