Election, Présidents Africains et Mandat à vie :
“Soyez malin, Jouez la à la Poutine! ”

Des élections à risque ?

Nous allons entrer dans une phase successive d’élections présidentielles en Afrique. Dès Octobre 2015, cela se passera au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Guinée.

Or parler d’élection ne serait ce que pour les trois pays cités suscite une crainte; le spectre d’instabilité voire de guerre civile pointe dans nos consciences. Comment le verdict sera accepté par le camp des vaincus ?

Il faut dire que l’histoire même récente de nos “démocraties” nous pousse à être sur nos gardes. Or l’incertitude et les craintes qui refont surface à chaque période electorale n’est jamais positive pour l’économie du pays.

Si tout le monde est responsable, la part des dirigeants est préoocupante.
Mettons de côté ce sempiternel refrain du “ce sont les puissances étrangères qui font ou défont les dirigeants en Afrique”. Parlons du comportement des Chefs d’Etat Africains vis à vis du pouvoir. Leur tendance à vouloir se maintenir au pouvoir coûte que coûte, peut parfois faire sourire mais très souvent, elle est pathétique, pitoyable ou dramatique. Surtout lorsque l’intérêt personnel prime sur l’interêt du peuple.

C’est à se demander pourquoi ? Simple inconscience, entourage nocif, mégalomanie, sentiment de toute puissance, peur viscérale de perdre ses privilèges ou de devoir rendre des comptes à la justice ?

Un peu de tout ça sans doute.

Pour eux, la quête du pouvoir est un aboutissement, une finalité. De ce fait, quelque soit le chemin pris pour y accéder, jouïr au point d’abuser de ses privilèges tels des monarques est tout simplement inhérent à la fonction. Se mettre et travailler au service de son peuple ne sont que des options.

Appartenir au syndicat des Chefs d’Etats Africains est une ambition identique à faire partie de la franc maçonnerie. Les critères de sélection: le nombre de château en Europe, le montant en millions des différents comptes en banque (en devises ou en lingots d’or), la longévité au pouvoir…

Y aurait il eu à redire si au même moment cette ambition personnelle ne se faisait pas au détriment de son peuple. S’en offusquer aurait été juste une réaction, si le peuple ne mourrait pas de faim, que la misère n’avait pas atteint un point aussi vertigineux.

Le peuple a pris conscience de son pouvoir de dissuasion

Lorsqu’un avenir incertain, le manque d’espoir, la misère et surtout l’injustice se confondent dans la conscience collective du peuple alors sa réaction est à la hauteur de l’injustice supportée. Quelques exemples sont entrés dans l’histoire politique africaine :

  • Tunisie et “le printemps arabe”: quand en Décembre 2010, l’immolation d’un jeune homme devient le symbole de la contestation populaire. Le peuple ne pouvait plus supporter la cherté de la vie, le chômage et des conditions de vie déplorables. Les émeutes qui s’en sont suivies ont eu raison du régime de Ben Ali.
  • Sénégal et le mouvement “Y’en a marre”: quand en 2012, Abdoulaye Wade tente dans un premier temps de se maintenir au pouvoir en modifiant la constitution, de se dédire sur ses déclarations quant à sa candidature, puis essaya d’imposer son fils comme successeur, s’en était trop pour le peuple sénégalais. Une véritable campagne de mobilisation et de sensibilisation citoyenne a permis lors des élections présidentielles d’assurer la victoire écrasante de Macky Sall.
  • Burkina Faso et le “balai citoyen”: quand en Octobre 2014, à un an des élections présidentielles, le président Blaise Compaoré a voulu changer la constitution pour pouvoir se maintenir au pouvoir, la société civile au premier rang les femmes puis la jeunesse ont occupé la rue. Rien ne pouvait arrêter leur détermination, ni la répression, ni les négociations. Au bout de quelques jours Blaise Compaoré s’en est allé.

Le point commun est la confiance rompue vis à vis des dirigeants accusés d’enrichissement illicite et responsables de la misère sociale.

La bonne nouvelle est que les temps changent et le peuple a pris conscience de son pouvoir de dissuasion à défaut d’influencer pour le moment sa destinée.

Les réseaux sociaux ne sont pas “muselables“

Le rôle des réseaux sociaux est d’autant plus efficace voire primordial qu’on ne peut pas museler et contrôler la communication. Ce qui était possible avec les journalistes même indépendants.
La determination d’un peuple accompagnée d’une utilisation efficace des réseaux sociaux permet d’avoir une mobilisation de masse très rapide et des soutiens venus du monde entier.

Ainsi en Fevrier 2011, grâce à cette combinaison, nous avons assisté en Egypte à la chute de Moubarak.

Néanmoins, malgré tous ces exemples qui peuvent servir d’avertissement, nous assistons à cette tendance de manipuler la constitution pour se permettre un 3 ème mandat.

Là où Compaoré a échoué, le burundais Nkurunziza a réussi son passage en force constitutionnel…et s’est “auto” réelu par des pseudo élections en Juin 2015.

Denis Sassou Nguesso, le Congolais, semble imperturbable et compte grâce à la constitution qu’il réecrit à sa guise se présenter aux elections présidentielles en 2016. Ce même président venu aux pouvoirs par les armes en 1979, délogé par les urnes en 1992 avant de revenir par les mêmes armes en 1997.

En faisant le bilan de leur gestion du pays après une décennie, le constat est sans appel : le pays a souvent regressé et surtout une fracture sociale s’est durablement enracinée. Sans parler du niveau de corruption.

Un leader, un chef d’état doit savoir mettre en place une équipe efficace permettant d’atteindre les objectifs fixés.
Savoir s’entourer et former sont des gages de leadership. Si un chef d’état n’a pas été capable de former des personnes qui pourraient le suppléer c’est tout simplement une incompétence avérée.

Alors Messieurs, si le ridicule ne tue pas, epargnez nous le burlesque, la honte et la détérioration de l’image de vos pays.

Le président américain Obama s’est permis de venir à la tribune de l’Union Africaine pour dire sur un ton moqueur : ” j’aurai aimé me présenter pour un 3 ème mandat, et je sais même que je pourrai gagner …mais je ne peux pas”. Si cela n’a pas de résonnance pour vous alors au moins, soyez malin “Jouez là à la Poutine”!

A bon entendeur,

Baba DÈME

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