Attaque terroriste de Bassam: le bac à sable désormais suspect !

Ce dimanche 13 Mars 2016, la Côte d’Ivoire à fait son entrée macabre dans le cercle des pays désormais  frappés par le terrorisme. Une quinzaine de morts et des blessés résument le bilan. Le traumatisme est tel qu’il faudra du temps pour réaliser le nouvel univers dans lequel les ivoiriens devront vivre.

Une première

La Côte d’Ivoire pays côtier vient d’être touchée par le terrorisme officiel pour la première fois.  Ce baptême du feu ouvre les yeux de tous sur le danger commun qui touchera chacun des pays d’Afrique selon une chronologie aléatoire et une ampleur à la discrétion des auteurs. Quelles sont les leçons à tirer de cette lâcheté que personne ne semblait voir venir ou ne voulait voir  venir? Dans une première analyse on peut sans se tromper avancer le fait que le terrorisme en Afrique  bénéficie d’une  mobilité dans l’espace  et dans le temps. Les complicités locales ne font aucun doute. Vu le mode opératoire identique à celui de l’hôtel Radisson à Bamako et celui de Ouagadougou, on peut en déduire que les cibles sont choisies de sorte à installer les populations locales dans la psychose et la clientèle étrangère du tourisme dans la rétraction. Le choix des lieux et du type de victimes assure une médiatisation mondiale. Par opposition aux  centaines de victimes quotidiennes toutes africaines du Boko Haram qui ne font la une d’aucun média étranger il n y a pas photo.

Les complicités

Comme partout où le terrorisme frappe, la question des complicités se pose. Très souvent on refuse de s’approprier le sujet dans l’espoir d’entrevoir les solutions. Dans un précédent article, nous abordions la question du réservoir de potentiels terroristes que regorge l’Afrique en général et l’ouest en particulier. Les misérables des états qui ne trouvent grâce dans aucune politique public deviennent de facto des intérimaires dont Al Mourabitoune, AQMI, Boko Haram  ou Amadou Koufa pourraient avoir recours. Ceci est un fait. Dans le cas particulier de la Côte D’ivoire,  le partage du gâteau post crise électorale à fait de nombreux mécontents dans le propre camp du président Ouatarra. Certains fanatiques de l’ex président Gbagbo sont également à l’affût de la moindre petite possibilité de déstabiliser la Côte D’ivoire. Tout ce beau monde dispose d’armes évaporées dans la nature au cours de la décennie de guerre civile et de la crise post électorale.  Il ne faut pas se cacher la réalité du pays de Houphouet Boigny;  quand on dispose d’armes, on les utilise un jour. On attend l’opportunité. Cette opportunité est offerte par les organisations terroristes disposant de stratégies et de liquidités illimitées pour payer des royalties aux intérimaires. En Côte d’Ivoire, il existe des types d’ivoiriens qui n’aspirent qu’à l’adrénaline de la guerre et du désordre. Ces gens ne trouveront jamais leur place dans une vie constitutionnelle normale. AQMI et Al Mourabitoune sont les employeurs idéaux. Pour atteindre Bassam et frapper avec une telle précision, il a fallut que des autochtones livrent les renseignements adéquats. Ces consultants locaux sont difficiles à identifier et à écarter tant ils ressemblent à tout le monde.

La psychose

De par son économie dynamique et sa position stratégique, la Côte d’Ivoire est l’un des pays les plus attractifs de la sous-région ouest africaine. Premier producteur mondial de cacao et troisième producteur mondial de café, au fil du siècle des indépendances, ce pays à tissé sa toile sur L’Afrique de l’ouest au point d’avoir les moyens d’enrhumer le Mali, et gripper le Burkina Faso. Nombreuses multinationales qui inondent le marché ouest africain y résident.  Non seulement c’était une destination sûre pour les multinationales françaises et européennes, le président Ouattara y a mis tous les moyens pour que ces multinationales s’y sentent encore mieux. La chose la plus réussie par ADO est la communication. En un mandat, il a réussi à faire avaler « la Côte D’ivoire émergeante » dans un pays ou l’école n’est toujours pas systématiquement accessible, ou le patient est accueilli dans les centres hospitaliers en fonction de son rang sociale et de sa liquidité immédiate. L’insécurité atteint des proportions effrayantes. Les seuls qui émergent dans ce pays sont les firmes françaises qui ont carte blanche grâce au réseau français du président. L’image d’un pays toujours en fête colle à la Côte d’Ivoire depuis toujours. Dans les maquis comme sur les plages, avec ou sans les touristes qui raffolent de sexe facile, la clientèle pourrait être fébrile le temps de revenir à de meilleurs sentiments. Derrière les beaux discours de réconfort, ceux qui ont le choix de ne pas fréquenter les lieux de joie  ne feront pas l’effort de sortir. Pour l’instant, on ne peut pas aller jusqu’à mettre en doute la fiabilité de la destination ”Côte d’Ivoire” car les intérêts guident le monde et justement ce pays offre la possibilité de réaliser des économies d’échelle en Afrique compte tenu des habitudes nées des pratiques depuis des décennies. Certains quartiers d’Abidjan déjà habitués à la présence de malfaiteurs doubleront leurs vigilances. Le spectre des années de guerre civile et du chaos né de la  crise post-électorale n’est pas très loin dans les esprits. Tout le monde sait qu’il y a des hommes dans la nature et des armes non loin. Toute cette logistique n’est pas encore circonscrite. La peur est le but de la terreur et quand on voit des dizaines personnes rejoindre l’au-delà de cette manière inhabituelle,  on est emmené à repenser ses habitudes en matière d’itinéraire et de consommation.

La solidarité nationale face aux terroristes

« Découragement n’est pas ivoirien » comme le rappel l’adage populaire. En effet, les ivoiriens sont reconnus pour avoir un fort mentale et une capacité d’adaptation phénoménale aux évènements. Ils l’ont prouvé pendant les dix ans de la guerre civile. Les  dix ans de guerre ont créé une certaine  fracture ethnique et parfois régionale.  Dans la presse comme au quotidien, on peut la ressentir. La moindre petite discussion concernant la Côte d’Ivoire aboutit aux clivages. Il est temps pour les ivoiriens de s’unir face à l’ennemi qui s’attaque de manière démocratique à chacun d’eux. Ce qui uni les ivoiriens est plus fort que ce qui les divise. Il faudrait que les responsables de tous bords récolent les morceaux du puzzle de l’unité. Chaque peuple a besoin d’un déclic pour taire les divisions internes. Espérons que les ivoiriens verront dans ce drame un signe. Seule une collaboration nationale supra ethnique pourra servir de Rempart face au mal du siècle.

L’Afrique de l’ouest enfin concernée?

Jusque là, les pays d’Afrique de l’ouest se contentaient de dénoncer les attaques terroristes sans s’engager au-delà du minimum diplomatique. Certains pays tels le Burkina Faso et la Mauritanie ont joué le jeu des organisations terroristes en leur servant de base arrière. Un deal secret de non agression et de libre circulation liait ces deux pays avec certains terroristes. Le chantre de cette politique du pire se nomme Blaise Compaoré et comme par hasard il  réside actuellement en Côte d’Ivoire avec la nationalité ivoirienne acquise dans la précipitation pour échapper à la justice burkinabé.  Pour l’ensemble de ses œuvres en faveur du terrorisme, l’ensemble des pays touchés par ce mal avec en première ligne le Mali devraient coordonner la riposte sans merci. Il va falloir exiger d’ADO  une position claire face à la lutte réelle contre le terrorisme incluant une désolidarisation de l’encombrant Compaoré. La CEDEAO  au-delà des stratégies vides de sens et dépourvues de moyens doit aller vers une réalité nouvelle. Réduire la pauvreté et donner moins de raisons aux populations de rejoindre les terroristes. Dans l’imaginaire collectif le terroriste porte un nom arabe. Désormais il pourrait être originaire de Tiébissou, Ferkessédougou, Daloa et Daoukro. Il pourrait être boulé et s’appeler N’guessan, être bété et s’appeler Tapé ou Dioula et se nommer Bénôgô. Le plus petit dénominateur commun entre tous ces ivoiriens terroristes compatibles est l’immense misère. L’appât du gain est leur mobile et la terreur est leur but. Si les autorités veulent inverser cette courbe, elles doivent réduire les inégalités au-delà des cercles ethniques et religieuses. Ce qui est vrai pour la Côte d’Ivoire en termes de socle sociale l’est pour les autres pays côtiers de l’Afrique de l’ouest. Les pays du sahel ont d’autres réalités.

ADO et la France

A quelque chose malheur est bon dit-on. Ce drame pourrait d’avantage renforcer la présence française en Côte d’Ivoire à travers des coopérations sécuritaires nouvelles. ADO ne jure que par la France, il lui doit sa carrière au FMI et le reste selon la légende. Il pourrait sous-traiter la lutte anti-terroriste   avec la France au détriment d’une formation réelle de troupe ivoirienne. Malgré la présence de forces spéciales dans les pays africains destinées à intervenir en cas d’attaques terroristes, ils font quand même appel à la France. A ce rythme, dans un siècle, ces troupes africaines seront incapables de gérer seules leurs missions. La France n’aidera pas vraiment la Côte D’ivoire puisqu’elle tente d’exporter ses fils terroristes vers les pays d’origines de leurs parents dans l’espoir de venir en sauveur une fois que ces derniers auraient commis des attentats en Afrique.

Quoiqu’on dise, ce qui est arrivé à Bassam était à prévoir même si personne en dehors des auteurs ne maîtrisait le timing et le lieu. Est-ce de  la faute des autorités? Les accuser serait leur conférer un pouvoir qu’ils n’ont pas. En théorie on peut se prémunir face au terrorisme mais en pratique nul ni personne ne peut empêcher indéfiniment les terroristes de frapper. Ce qu’on peut reprocher aux autorités ivoiriennes et autres africaines est de  laisser pousser les germes favorables à l’implantation du terrorisme. Les conditions favorables au recrutement des candidats au terrorisme sont mises en place par les gouvernances en cours dans nos états. Nos chefs d’états à travers leurs politiques économiques, salariales, industrielles et sociales ont abandonnés plus d’un. En tout cas ils donnent l’impression d’abandonner les leurs. Chaque africain oublié constitue une potentielle recrue. Le temps de tenir les promesses électorales est venu. La paix au 21 ème siècle sera mondiale ou ne sera pas. Aucun état aussi puissant soit – il  ne pourra espérer vivre en paix avec ses voisins en guerre. L’Afrique et la Côte d’Ivoire ne dérogent pas à cette réalité.

 

Elijah De BLA