Si le football malien est le domaine de tous les paradoxes, le parcours des aiglons au mondial des U20 de cette année cristallise tous les superlatifs. Ces jeunes, nos fils et petits frères auraient pu trébucher d’une des branches de l’arbre fragile qui leur sert de socle pour tomber dans un puit. La probabilité de voir cet accident se réaliser est proche d’epsilon mais c’est le destin qui leur était réservé quand on connaît le pédigrée des multi récidivistes de la FEMAFOOT qui les encadre. La FEMAFOOT est un concentré de bras cassés qui ignorent le sens du devoir tout simplement et qui n’éprouvent ni gêne ni honte à afficher l’étendue de ses carences.
Un bref rappel de l’histoire du microcosme malien du football permettra de mieux comprendre les antipodes qui séparent les moyens humains et les résultats obtenus. En 1972 à Yaoundé lorsque l’argent n’était pas encore le roi de ce sport, le Mali conduit par un certain Salif Keita, atteignait la finale de la coupe d’Afrique des nations. Battu par le Congo, le Mali devra attendre deux décennies avant de fouler la pelouse d’une phase finale de la compétition à Tunis en 1994. Il faut pouvoir expliquer cette disette aux esprits cartésiens fans de football. L’histoire de cette qualification et le parcours des aigles du Mali fut un cas d’école. Partis de rien avec rien autour, les aigles créeront la surprise en battant d’entrée le pays organisateur mieux préparé avec plus de moyens et jouant devant un public acquis à sa cause. Fernand Coulibaly et Ousmane Farota avaient décidé de ne pas respecter la hiérarchie prescrite par les savants du football. Le Mali en héros terminera quatrième de la compétition avec le sentiment d’avoir accompli la mission.
Puis arriva un jour de 1999 au Nigeria au mondial des U20 avec une génération qui allait dessiner l’ossature des aigles du Mali pour les quinze années qui suivraient. Seydou Keita, Boubacar Keita et toute la bande des aiglons ont donné des frissons au peuple malien. Pendant cette coupe du monde, les aiglons ont volé très haut, si haut que la bande ibérique conduite par un certain Xavi et Iniesta tout droit sortis de la Masia, fabrique de stars du FC Barcelone n’ont rien pu faire. Devant ce qui se fait de mieux aujourd’hui dans le football mondial, le gaucher Seydou Keita et sa bande ont porté le Mali à la troisième place du mondial avec à la clé le titre de meilleur joueur pour Seydou Keita. Chaque malien se souvient du jour et des personnes qui l’entouraient lorsque le Mali se qualifiait pour la demi-finale. Pourtant les moyens humains et techniques à la disposition du Mali pour cette compétition n’étaient pas énormes.

Aujourd’hui nous sommes en 2015, soit 16 ans après l’épopée de 1999 et l’histoire semble se répéter mais avec plus de chances de s’améliorer. Les auteurs de ce récit qui marquera l’histoire des aiglons n’avaient pas quatre ans en 1999. Le football offert par les gamins de Fanyerie Diarra n’a aucun égal sur le continent africain aux niveaux senior comme junior. Les aiglons pratiquent le football total avec des dénouements qui rappellent le jeu du FC Barcelone. Partis d’une préparation chaotique dénoncée par tous, ces gamins auraient pu faire le strict minimum mais les gamins ne savent ni calculer ni tricher. Ils se présentent à chaque match comme ils sont c’est à dire supérieurs dans le jeu. Habituellement les maliens pleurent de tristesse tellement les temps sont difficiles à tout égard mais ces gamins donnent envie de pleurer de joie. Chacun de nous a envie de les serrer contre lui pour leur dire que nous sommes fiers d’eux et ils nous hissent plus haut que les malheurs qui frappent le pays. Chaque fois que l’on a eu l’impression que rien ne va comme on le souhaite, le football est venu nous réconforter et nous consoler. Les ailes de nos aiglons nous donnent le sentiment d’être intouchables. Le Ghana et ses étoiles n’ont pas eu le temps de briller que le match se terminait sur un score d’entraînement de 3 à 0. L’Allemagne supérieure sur papier a juste eu le temps de faire mieux que le Ghana. Les troisième et quatrième places sont déjà des choses acquises par les aigles et aiglons. Pour une première historique le peuple malien et les observateurs de football croient à un sacre du Mali. Ce n’est ni un rêve ni un songe. Les ingrédients d’une qualification en finale et d’une victoire finale sont présents. Le peuple malien soudé derrière ses fils attend cet élément comme le cultivateur attend la pluie pour ses plantes. Les drapeaux et les portraits du coach Fanyeri Diarra et de ses poulains sont prêts. Le marchant de tissu vert jaune et rouge a fait le plein de stock, les rues de Bamako sont conditionnées pour un accueil à la dimension du travail titanesque. Le paradoxe du football malien est une fois de plus nourri par le coach Fanyeri DIARRA et ses « enfants » Mahamane BAYE, Mohamed DIALLO, Souleymane DIARRA, Youssouf KONED, Ichaka DIARRAD, Hamidou MAIGAD, Lassine KONATE, Diadie SAMASSEKOU, Saliou GUINDO, Hamidou TRAORE, Malick TOURE, Souleymane COULIBALY, Aboubacar DOUMBIA, Alassane DIALLO, Souleymane SISSOKO, Djigui DIARRA, Falaye SACKO, Dieudonne GBAKLE, Adama TRAORE, Fousseni DIABA, Sory TRAORE. Certaines choses ont un prix donc on peut les acheter si on en a les moyens. Etre malien et supporter des aiglons U20 au mondial 2015 n’a pas de prix tellement le sentiment de fierté et la joie que cette génération procurent est immense.
Peut-être faut-il pousser les maliens dans leurs derniers retranchements pour qu’ils expriment le meilleur d’eux-mêmes comme le font si bien les aiglons, nos aiglons. Nous avons tous envie d’avoir pour fils ces enfants qui font briller le métal le plus rouillé, qui font flotter le drapeau vert or et rouge loin du Mali et qui nous donnent envie de nous réveiller chaque jour et sa veille pour parler de football. Allez les aiglons !

Elijah de Bla

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