Avec des dépenses en hausse, des investissements renforcés et une pression fiscale appelée à augmenter, le gouvernement malien affiche ses priorités pour 2027. Santé, éducation, défense, infrastructures et dette publique : que disent réellement les chiffres du projet de loi de finances et que peuvent-ils changer pour les Maliens ?
Le gouvernement malien prévoit de dépenser 4 462,6 milliards de FCFA en 2027, contre 3 993,3 milliards dans le budget rectifié de 2026. Une augmentation de 11,75 %. Mais pour financer ces dépenses, l’État ne compte mobiliser que 3 866,6 milliards de FCFA de recettes budgétaires. Il lui manquera donc environ 596 milliards.
Ces chiffres figurent dans le projet de loi de finances 2027, un document de plus de 1 400 pages préparé par le ministère de l’Économie et des Finances. Derrière les tableaux comptables, on découvre les secteurs auxquels l’État entend consacrer davantage de moyens, les recettes qu’il espère collecter et les contraintes qui pèsent sur ses choix.
Un budget plus important, mais toujours déficitaire
Les recettes budgétaires devraient progresser de 14,64 % en 2027, soit près de 494 milliards de FCFA supplémentaires par rapport au budget rectifié de 2026.
Les dépenses augmenteraient moins rapidement, de 11,75 %. Cette différence permettrait de réduire le déficit budgétaire, qui passerait de 620,4 milliards de FCFA en 2026 à 596 milliards en 2027.
Le déficit représente la somme qui manque à l’État lorsque ses dépenses dépassent ses recettes. Pour couvrir cet écart, le gouvernement doit trouver d’autres financements, notamment en empruntant.
Cette amélioration annoncée repose sur une hypothèse économique importante : une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 6,5 % en 2027, contre 6,3 % attendus en 2026.
L’inflation, qui mesure l’augmentation générale des prix, est projetée à 2,5 %. Si cette prévision se réalise, la hausse moyenne des prix serait relativement contenue. Cela ne signifie toutefois pas que les produits alimentaires, les transports ou l’énergie deviendront moins chers. Leur évolution dépendra aussi des conditions d’approvisionnement et de la situation économique du pays.
Les impôts vont rapporter beaucoup plus à l’État
C’est l’un des éléments les plus importants du projet.
Le gouvernement prévoit de collecter 3 402 milliards de FCFA de recettes fiscales nettes, contre 2 852,4 milliards dans le budget rectifié de 2026. L’augmentation attendue approche 550 milliards de FCFA, soit 19,27 %.
Autrement dit, une grande partie des ressources supplémentaires que le gouvernement espère mobiliser proviendra des impôts et taxes.
Plusieurs facteurs expliquent cette prévision.
Le premier concerne l’exploitation minière. L’État anticipe une augmentation des recettes liées à la taxe ad valorem, calculée notamment à partir de la valeur de la production minière. L’évolution favorable du cours de l’or devrait contribuer à cette hausse.
Le deuxième facteur est la fiscalité pétrolière. Le gouvernement table sur une augmentation des recettes de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), en lien avec les cours internationaux.
Le projet mentionne également une augmentation des prélèvements destinés au Fonds de soutien aux projets d’infrastructures de base et de développement social. Les recettes fiscales affectées à ce fonds passeraient de 100 milliards à 146,1 milliards de FCFA.
Enfin, le document annonce la création d’une contribution spéciale de solidarité.
La question sera de savoir dans quelle mesure ces objectifs pourront être atteints. Une hausse des recettes fiscales ne découle pas automatiquement d’une hausse des taux d’imposition. Elle peut aussi provenir d’une activité économique plus importante, d’un meilleur recouvrement des impôts existants ou de la réduction de certaines exonérations.
Le gouvernement entend notamment renforcer les contrôles fiscaux, développer les procédures électroniques et mieux suivre les recettes provenant des entreprises minières.
Santé : une progression importante des crédits
La santé figure parmi les secteurs qui bénéficieraient des plus fortes augmentations.
Les dépenses classées dans la fonction santé passeraient de 255,9 milliards de FCFA dans le budget rectifié de 2026 à 388,8 milliards en 2027. Cela représente une progression d’environ 52 %.
Le projet prévoit notamment une tranche de paiement de 203,5 milliards de FCFA pour les travaux de transformation de certains centres de santé de référence en hôpitaux de district et la construction d’hôpitaux régionaux, engagés depuis 2025.
Plusieurs établissements sont concernés par les programmes d’investissement présentés dans le document, notamment à Bougouni, Dioïla, Koutiala, Nioro, San et Bandiagara.
Cette augmentation constitue un effort budgétaire notable. Reste à examiner sa traduction concrète : achèvement des bâtiments, disponibilité des équipements, recrutement du personnel et fonctionnement des services.
Un hôpital construit ne garantit pas, à lui seul, une amélioration de l’accès aux soins. Les crédits consacrés à son fonctionnement sont tout aussi importants pour les populations.
Éducation : davantage d’argent, mais une part du budget en recul
L’enseignement disposerait de 611,2 milliards de FCFA en 2027, contre 569,1 milliards en 2026.
L’augmentation est d’environ 42 milliards de FCFA, soit 7,4 %.
Le gouvernement prévoit notamment de poursuivre un programme de construction d’infrastructures scolaires. Le projet mentionne aussi le renforcement des crédits de fonctionnement des universités et grandes écoles, ainsi que des moyens consacrés aux heures supplémentaires dans l’enseignement supérieur.
Il existe cependant une nuance importante.
Malgré la hausse des montants, la part de l’enseignement dans l’ensemble des dépenses budgétaires passerait de 14,25 % en 2026 à 13,70 % en 2027.
Cela signifie que les crédits de l’éducation augmenteraient en valeur, mais moins rapidement que le budget total de l’État.
Pour les élèves, les étudiants et les enseignants, l’enjeu sera surtout de savoir comment les moyens supplémentaires seront répartis entre les établissements, les infrastructures, les équipements et les personnels.
Défense et sécurité : plus d’un quart des dépenses prévues
La défense et la sécurité continuent de mobiliser une part considérable des ressources publiques.
Selon la classification des dépenses par fonction, 669,5 milliards de FCFA seraient consacrés à la défense en 2027, contre 623,8 milliards dans le budget rectifié de 2026.
La fonction « Ordre et sécurité publics » disposerait de 452,7 milliards de FCFA, contre 736,5 milliards en 2026.
Cette diminution importante s’explique, selon le gouvernement, par la non-reconduction de financements exceptionnels accordés à la sécurité pendant l’année 2026.
Au total, les fonctions défense et ordre et sécurité publics représenteraient environ 1 122 milliards de FCFA, soit un peu plus du quart des dépenses budgétaires prévues.
Le poids de ces secteurs illustre les contraintes sécuritaires auxquelles le pays continue de faire face. Le gouvernement considère d’ailleurs la maîtrise de la situation sécuritaire comme l’une des conditions nécessaires à la réalisation de ses prévisions économiques.
Les investissements publics devraient augmenter de 33 %
Le projet de loi accorde également une place importante aux investissements.
Dans le budget général, les crédits de paiement destinés aux investissements passeraient de 905,5 milliards de FCFA en 2026 à 1 207,1 milliards en 2027, soit une hausse de 33,3 %.
Ces ressources doivent notamment permettre de poursuivre les projets d’infrastructures sanitaires, routières, énergétiques et d’équipements publics.
Le gouvernement prévoit également de soutenir la production d’électricité à travers plusieurs projets de centrales solaires et de barrages hydroélectriques. Les installations de Safo, Sanankoroba et Koulikoro, ainsi que les projets hydrauliques de Tiéfala et Kourouba, figurent parmi les initiatives citées dans les perspectives économiques du document.
La progression des crédits d’investissement constitue un changement important dans la répartition des dépenses.
Il faut néanmoins distinguer les autorisations d’engagement, qui permettent à l’État de prendre des engagements financiers, des crédits de paiement, qui correspondent aux sommes prévues pour les paiements de l’année.
Les montants annoncés ne signifient donc pas nécessairement que tous les projets seront achevés en 2027.
Salaires des fonctionnaires : une dépense en hausse
Les dépenses de personnel du budget général atteindraient 1 263,5 milliards de FCFA en 2027, contre 1 134,3 milliards en 2026.
Cela représente une augmentation de 129,2 milliards de FCFA, soit 11,39 %.
Le gouvernement explique principalement cette hausse par la titularisation de nouvelles recrues dans les forces de défense et de sécurité, ainsi que par les avancements statutaires dans la fonction publique.
Cette enveloppe couvre notamment les rémunérations du personnel civil et militaire de l’État et des fonctionnaires des collectivités territoriales.
Son augmentation ne doit cependant pas être interprétée comme une revalorisation générale des salaires. Le document présente une progression globale des charges de personnel, sans annoncer une augmentation uniforme des rémunérations individuelles.
Une réforme fiscale qui concerne aussi les services numériques
L’annexe fiscale du projet contient plusieurs mesures susceptibles d’intéresser directement les entreprises et les consommateurs.
L’une des principales concerne les ventes réalisées sur Internet et les prestations de services numériques.
Le gouvernement souhaite préciser les règles de perception de la TVA sur les transactions effectuées à travers les plateformes de commerce électronique, qu’elles soient maliennes ou étrangères.
Le principe proposé est notamment de permettre l’imposition au Mali de services numériques utilisés par des consommateurs qui y résident, y compris lorsque le fournisseur est installé à l’étranger.
Les opérateurs concernés pourraient être soumis à des procédures d’immatriculation, de déclaration et de paiement de la TVA à distance.
Autre changement : la généralisation progressive des procédures fiscales électroniques, notamment pour les déclarations et le paiement des impôts. Le projet prévoit également une évolution vers le paiement numérique des droits de timbre, avec des mesures transitoires pour les stocks existants.
Ces réformes visent à faciliter le recouvrement des recettes et à encadrer des activités économiques qui échappent parfois aux procédures fiscales traditionnelles.
Elles posent aussi une question pratique : comment accompagner les petites entreprises et les contribuables qui ne disposent pas toujours des outils numériques nécessaires ?
Assurance maladie et agriculture : des exonérations proposées
Une autre disposition de l’annexe fiscale mérite l’attention.
Le gouvernement propose d’exonérer de la taxe sur les contrats d’assurance les assurances maladie et les contrats couvrant les risques agricoles définis dans le projet.
Le texte prévoit également de ramener à 10 % le taux applicable aux autres contrats d’assurance, contre 20 % actuellement pour une grande partie d’entre eux. Le taux applicable aux assurances contre l’incendie resterait fixé à 20 %.
L’objectif affiché est de rendre certaines couvertures plus accessibles, particulièrement aux populations agricoles et aux ménages disposant de revenus modestes.
Ces dispositions pourraient réduire la charge fiscale intégrée au prix de certains contrats. Leur effet sur les primes effectivement payées dépendra cependant des tarifs pratiqués par les assureurs.
Dette publique : pourquoi l’État devra encore emprunter massivement
Le déficit de 596 milliards de FCFA ne représente qu’une partie des besoins de financement de l’État.
Le gouvernement devra également rembourser des emprunts arrivant à échéance.
Pour 2027, le remboursement du capital de la dette est prévu à 1 270 milliards de FCFA, dont environ 1 012,3 milliards pour la dette intérieure et 257,7 milliards pour la dette extérieure.
À cela s’ajoutent les intérêts, dont les charges budgétaires sont estimées à 303,3 milliards de FCFA, contre 245,9 milliards en 2026.
Il faut distinguer ces deux opérations. Le remboursement du capital correspond au règlement d’une somme précédemment empruntée. Les intérêts constituent le coût de cet emprunt.
Pour financer son déficit et faire face aux échéances de la dette, le Trésor prévoit notamment 1 768,5 milliards de FCFA d’émissions de dette à court, moyen et long termes.
Une partie importante de ces nouveaux emprunts servira donc à faire face à des obligations financières existantes.
Le gouvernement projette un ratio de dette publique de 38,9 % du PIB en 2027, inférieur au plafond communautaire de 70 % retenu dans les critères de convergence de l’UEMOA.
Ce niveau ne supprime toutefois pas les risques liés au financement. Le coût des intérêts, les échéances de remboursement et les conditions auxquelles le Trésor pourra emprunter restent déterminants.
Des prévisions ambitieuses, mais plusieurs risques identifiés
Le gouvernement table sur une croissance économique de 6,5 %, une augmentation importante des recettes fiscales et une amélioration du déficit.
Ces objectifs pourraient être compromis par plusieurs facteurs que le ministère de l’Économie et des Finances reconnaît lui-même dans l’annexe consacrée aux risques budgétaires.
La persistance de l’insécurité peut limiter l’activité économique et compliquer la collecte des impôts dans certaines parties du territoire.
L’évolution des cours de l’or et du pétrole représente une autre source d’incertitude. Une baisse des recettes minières ou une augmentation importante des coûts énergétiques pourrait modifier les équilibres prévus.
La situation financière des entreprises publiques, notamment Énergie du Mali (EDM-SA), fait également partie des risques examinés. Des difficultés supplémentaires pourraient nécessiter de nouvelles interventions financières de l’État.
Enfin, le projet prévoit que le Mali respecterait trois des cinq critères de convergence de l’UEMOA en 2027. Les deux critères qui resteraient non respectés concernent la part de la masse salariale dans les recettes fiscales et le taux de pression fiscale.
Ce qu’il faudra surveiller en 2027
Le projet de loi de finances 2027 révèle une volonté d’augmenter les recettes publiques tout en renforçant les investissements, particulièrement dans la santé et les infrastructures.
Le gouvernement prévoit également une augmentation des dépenses d’éducation et de personnel, dans un contexte où la défense et la sécurité continuent de représenter une charge importante.
Mais le budget reste construit sur des prévisions. La croissance de 6,5 % n’est pas acquise, les recettes fiscales annoncées devront être effectivement collectées et les investissements devront se traduire par des réalisations.
Pour les Maliens, les principaux indicateurs seront concrets : des centres de santé mieux équipés, des établissements scolaires fonctionnels, une amélioration de l’accès à l’électricité, des infrastructures utilisables et une fiscalité dont les effets seront mesurables.
Le projet fixe les moyens que l’État souhaite mobiliser. L’exécution du budget permettra de mesurer ce qui aura réellement été accompli.
Maramory Bouka Niaré
Rédacteur en Chef
Source : Ministère de l’Économie et des Finances du Mali, Projet de loi de finances pour l’exercice 2027, septembre 2026. Analyse fondée sur la note de présentation, le texte du projet de loi, l’annexe fiscale et le rapport sur les risques budgétaires.
Note : Les montants présentés sont des prévisions inscrites dans le projet de loi et ne constituent pas des dépenses ou recettes déjà réalisées.




