Dans le football international, les performances ne suffisent pas toujours à expliquer la notoriété d’un joueur. Le prestige des clubs, la puissance économique des compétitions et les représentations véhiculées par les médias participent aussi à la construction des grandes figures sportives. Plusieurs recherches scientifiques mettent en évidence des biais dans la manière de décrire et d’évaluer les joueurs noirs. Mais ces résultats permettent-ils de parler d’une sous-médiatisation des footballeurs africains ? L’analyse des données et de plusieurs trajectoires sportives révèle un phénomène plus complexe, où la visibilité du talent dépend largement des institutions qui le consacrent.
Une même performance, des reconnaissances différentes
Au terme de la Ligue des champions 2024-2025, deux joueurs terminent en tête du classement des buteurs. Le Guinéen Serhou Guirassy, attaquant du Borussia Dortmund, et le Brésilien Raphinha, joueur du FC Barcelone, inscrivent chacun treize buts.
Quelques mois plus tard, le classement du Ballon d’Or 2025 les place à des positions très différentes. Raphinha termine cinquième, Guirassy vingt et unième.
Cette différence ne démontre pas une discrimination envers le joueur guinéen. Le Ballon d’Or prend en compte plusieurs critères, notamment les performances individuelles, les résultats collectifs et le niveau général des prestations. Raphinha a également délivré neuf passes décisives dans cette édition de la Ligue des champions.
La comparaison mérite néanmoins d’être examinée sous un autre angle. Pourquoi certains joueurs parviennent-ils à transformer leurs performances en une notoriété internationale durable, tandis que d’autres bénéficient d’une reconnaissance moins importante malgré des résultats remarquables ?
La sociologie des médias apporte des éléments de réponse. La visibilité d’un sportif ne dépend pas exclusivement de ce qu’il réalise sur le terrain. Elle se construit également dans les rédactions, à travers les commentaires des journalistes, les choix éditoriaux, les émissions spécialisées et les institutions qui organisent les distinctions individuelles.
La question de la sous-médiatisation des footballeurs africains ne peut donc être réduite à un simple décompte d’articles ou de reportages. Elle suppose d’interroger les mécanismes par lesquels certains talents acquièrent une valeur symbolique supérieure à d’autres.
Ce que les journalistes disent des joueurs : un biais documenté
En juin 2020, une étude réalisée par RunRepeat, en collaboration avec la Professional Footballers’ Association (PFA), s’est intéressée à la manière dont les commentateurs décrivaient les footballeurs.
Les chercheurs ont examiné 80 rencontres disputées pendant la saison 2019-2020 dans quatre championnats européens : la Premier League anglaise, la Liga espagnole, la Serie A italienne et la Ligue 1 française. L’analyse portait sur environ 2 070 commentaires concernant 643 joueurs.
Les résultats font apparaître des différences importantes selon la couleur de peau des joueurs.
Lorsqu’ils évoquaient la force physique, les commentateurs parlaient 6,59 fois plus fréquemment des joueurs à la peau foncée que des joueurs à la peau claire, après ajustement des données. Pour les descriptions relatives à la vitesse, le rapport atteignait 3,38.
À l’inverse, 62,6 % des commentaires positifs portant sur l’intelligence concernaient des joueurs à la peau plus claire.
Ces résultats ne signifient évidemment pas que les joueurs noirs seraient moins intelligents ou que leurs homologues blancs seraient moins rapides. Ils montrent que les qualités retenues par les commentateurs varient selon les groupes auxquels les joueurs sont associés.
Le phénomène renvoie à ce que les sciences sociales désignent comme une racialisation des représentations. Des caractéristiques physiques ou intellectuelles sont associées de manière récurrente à des catégories de personnes, alors même que les capacités individuelles sont beaucoup plus diverses.
Il faut préciser que cette étude porte sur la couleur de peau, et non exclusivement sur la nationalité africaine. Tous les joueurs noirs ne sont pas africains et tous les joueurs africains ne sont pas noirs. Cette distinction est indispensable pour interpréter correctement les résultats.
L’enjeu sociologique demeure important. Dans les commentaires sportifs, la manière de décrire un joueur contribue à façonner la perception que le public se fait de ses compétences.
Un milieu de terrain régulièrement présenté comme intelligent, créatif ou capable de contrôler le rythme d’une rencontre ne bénéficie pas du même portrait qu’un joueur essentiellement décrit par son explosivité ou sa puissance.
Les deux profils peuvent être valorisés. Mais ils ne produisent pas nécessairement la même représentation du talent.
Quand la perception médiatique influence l’évaluation sportive
Une autre recherche, publiée en janvier 2022 dans la revue scientifique European Economic Review, permet d’approfondir cette question.
Les économistes Francesco Principe et Jan C. van Ours ont étudié les notes attribuées aux footballeurs professionnels par la presse italienne.
Leur objectif était de déterminer si les évaluations journalistiques présentaient des différences raciales une fois les performances objectives prises en considération.
Les résultats montrent qu’à performances comparables, les joueurs noirs recevaient des notes moins favorables que les autres joueurs dans la partie inférieure de la distribution des évaluations. Les chercheurs ne constataient toutefois pas le même biais pour les joueurs noirs les mieux notés.
L’étude n’a pas non plus mis en évidence de discrimination raciale comparable dans les salaires versés par les clubs, au sein de l’échantillon examiné.
Cette différence entre jugement médiatique et rémunération sportive mérite attention.
Elle suggère que l’évaluation d’un joueur par un journaliste peut être influencée par des mécanismes distincts de ceux qui interviennent dans les décisions économiques des clubs.
Les chercheurs évoquent notamment la possibilité de discriminations inconscientes liées aux stéréotypes.
Leur travail ne permet pas d’affirmer que chaque mauvaise note donnée à un joueur noir est discriminatoire. Il montre cependant qu’un biais statistique peut apparaître lorsque les évaluations sont observées sur un nombre suffisamment important de joueurs et de rencontres.
Dans un secteur où les commentaires, les classements et les distinctions participent à la construction de la réputation sportive, cet écart constitue un objet de recherche essentiel.
La représentation du joueur africain : une histoire qui dépasse les médias
Les travaux du sociologue Stuart Hall permettent d’éclairer ces résultats. Pour Hall, les représentations ne se limitent pas à reproduire une réalité préexistante. Elles participent à produire les significations à travers lesquelles cette réalité est comprise.
Appliquée au football, cette approche conduit à examiner les images qui se sont progressivement imposées autour des joueurs africains.
L’association récurrente entre football africain et puissance athlétique en constitue un exemple.
Dans une recherche publiée en ligne en mars 2025 dans la revue Ethnic and Racial Studies, le chercheur Ikechukwu Ejekwumadu a étudié l’influence de ces stéréotypes sur les systèmes de formation au Nigeria.
À partir d’entretiens menés auprès d’académies de football, il montre que certaines représentations racialisées du joueur africain ont été intégrées dans les pratiques de recrutement.
Des qualités comme la force, la vitesse et la résistance physique peuvent alors devenir des critères privilégiés, au risque de désavantager des profils qui ne correspondent pas à cet idéal athlétique.
Le phénomène est particulièrement intéressant : une représentation produite et entretenue dans l’environnement du football professionnel peut finir par influencer la sélection des jeunes talents.
Le stéréotype ne se contente plus de décrire le joueur. Il intervient potentiellement dans les conditions de sa réussite.
Une étude d’Itamar Dubinsky, publiée en 2023 dans Soccer & Society, aboutit à des observations complémentaires. En analysant la couverture du football africain dans des médias israéliens, le chercheur relève la persistance de représentations héritées de rapports coloniaux, notamment une tendance à présenter le continent comme un ensemble homogène et certains joueurs comme des ressources à acquérir.
L’étude reconnaît également l’existence de journalistes qui échappent à ces schémas et accordent une attention réelle aux contextes locaux.
Il serait donc excessif d’attribuer ces représentations à l’ensemble de la presse sportive. Elles constituent néanmoins des tendances documentées dans plusieurs espaces médiatiques.
Le prestige des clubs européens dans la fabrication des vedettes
La médiatisation du football s’inscrit dans une économie internationale très inégalitaire.
Les grands championnats européens concentrent une part importante des revenus commerciaux, des droits de diffusion et de l’attention médiatique internationale.
Cette concentration leur donne une capacité considérable à produire et à entretenir la notoriété de leurs joueurs.
Pour la Ligue des champions 2025-2026, l’UEFA prévoit une allocation fixe de 18,62 millions d’euros pour chaque club participant à la phase de ligue, avant les différentes primes liées aux performances et aux autres critères de distribution.
En comparaison, la Confédération africaine de football a fixé à 6 millions de dollars américains la prime du vainqueur de sa Ligue des champions pour la saison 2025-2026.
Ces deux montants ne correspondent ni aux mêmes conditions d’attribution ni aux mêmes monnaies. Leur comparaison ne constitue donc pas une mesure directe de l’écart entre les budgets des compétitions.
Ils donnent cependant un aperçu des différences d’échelle financière qui caractérisent les deux environnements.
La question de la visibilité doit être replacée dans cette économie.
Les clubs les plus riches disposent généralement de services de communication développés, d’un accès facilité aux grands diffuseurs et d’un réseau international de partenaires. Les performances de leurs joueurs s’inscrivent dans un flux médiatique continu.
Le sociologue Pierre Bourdieu permet de comprendre ce processus à travers la notion de capital symbolique.
Dans le football, le prestige d’un club ou d’une compétition peut contribuer à augmenter la valeur sociale attribuée aux performances d’un joueur.
Un but marqué dans une rencontre suivie par des millions de spectateurs bénéficie d’une exposition différente de celle d’un but inscrit dans une compétition moins largement distribuée.
La différence ne réside pas nécessairement dans la difficulté du geste ou dans le talent du footballeur. Elle tient aussi à la position occupée par les compétitions dans la hiérarchie internationale du football.
Fiston Mayele : que vaut un exploit réalisé sur le continent africain ?
Le parcours de l’international congolais Fiston Mayele fournit un exemple de cette question.
Le 1er juin 2025, l’attaquant de Pyramids FC inscrit un but décisif face aux Mamelodi Sundowns, lors de la finale retour de la Ligue des champions africaine.
Son équipe remporte le premier titre continental de son histoire. Mayele termine meilleur buteur de la compétition avec neuf réalisations, sans compter les trois buts qu’il avait inscrits pendant les tours préliminaires.
L’exploit est incontestable sur le plan sportif.
Sa reconnaissance internationale soulève pourtant une interrogation : quelle place les principaux médias sportifs internationaux accordent-ils aux joueurs qui dominent les compétitions africaines ?
Il serait imprudent d’affirmer, sans analyse de contenu, que Mayele a bénéficié d’une couverture inférieure à celle de tous les buteurs des compétitions européennes.
Mais son parcours permet de formuler une hypothèse : la reconnaissance internationale du talent africain pourrait dépendre fortement de son insertion dans les grands marchés du football européen.
Autrement dit, les performances réalisées en Afrique ne sont pas nécessairement valorisées par les mêmes circuits médiatiques que celles réalisées en Europe.
Cette hypothèse rejoint les travaux sur le rôle des institutions dans la construction du prestige sportif.
Guirassy, Lookman, Salah : des trajectoires qui ne racontent pas la même histoire
Les situations de Serhou Guirassy, Ademola Lookman et Mohamed Salah montrent pourquoi il serait réducteur de traiter tous les joueurs africains comme un groupe uniformément sous-médiatisé.
En mai 2024, Ademola Lookman inscrit un triplé en finale de la Ligue Europa contre le Bayer Leverkusen. L’Atalanta remporte le trophée et met fin à la série de 51 matchs sans défaite du club allemand.
Lookman devient le personnage central d’un événement sportif international. Il est ensuite élu meilleur joueur africain de l’année 2024.
Son cas montre que les compétitions européennes peuvent offrir une reconnaissance majeure à un international africain.
Mohamed Salah constitue un exemple encore plus significatif. L’Égyptien fait partie des figures les plus connues du football mondial. Quatrième au Ballon d’Or 2025, il bénéficie depuis plusieurs années d’une forte exposition médiatique grâce à ses performances avec Liverpool.
Achraf Hakimi, international marocain, termine pour sa part sixième du Ballon d’Or 2025 après une saison marquée par le succès du Paris Saint-Germain en Ligue des champions.
Ces exemples contredisent l’idée selon laquelle les joueurs africains seraient systématiquement écartés des grandes distinctions ou ignorés par la presse internationale.
Ils permettent plutôt d’interroger les conditions de leur reconnaissance.
La visibilité est-elle principalement liée au niveau de performance ? Au prestige du club ? À la popularité du championnat ? À la nationalité du joueur ? Aux attentes du public et aux stratégies commerciales des médias ?
Les études existantes montrent que plusieurs de ces variables sont pertinentes. En revanche, leur poids respectif dans la médiatisation des joueurs africains reste insuffisamment mesuré.
Le football féminin africain face aux mêmes mécanismes
L’observation du football féminin apporte un éclairage complémentaire.
En décembre 2024, la Zambienne Barbra Banda devient la première joueuse africaine sélectionnée dans le onze mondial féminin de la FIFPRO, une distinction créée en 2015 et établie à partir des votes des joueuses professionnelles.
L’année suivante, deux Africaines figurent pour la première fois dans ce onze : Barbra Banda et la Marocaine Ghizlane Chebbak.
Ces nominations constituent des avancées dans la reconnaissance internationale des joueuses africaines.
Elles invitent également à examiner la place qu’occupent leurs championnats, leurs équipes nationales et leurs performances dans les grands médias sportifs.
L’analyse est toutefois plus complexe que dans le football masculin. Les inégalités concernent aussi le développement historique des championnats féminins, les investissements des fédérations, les structures professionnelles et la distribution internationale des rencontres.
La reconnaissance relativement récente des joueuses africaines ne prouve donc pas, à elle seule, une discrimination médiatique. Elle montre surtout que leur accès aux grandes institutions internationales de consécration est une évolution récente.
La CAN remet en question l’idée d’un football africain sans audience mondiale
La sous-médiatisation supposée du football africain doit également être confrontée à l’évolution des audiences.
La Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc entre décembre 2025 et janvier 2026, a enregistré des résultats importants selon les chiffres communiqués par la CAF.
L’organisation annonce 3,2 milliards de vues télévisées cumulées et 6 milliards de vues numériques, ainsi que 285 millions d’interactions sur les réseaux sociaux.
Ces données doivent être interprétées avec précaution. Une vue numérique n’est pas nécessairement le visionnage complet d’une rencontre, et les audiences cumulées ne correspondent pas à un nombre de spectateurs uniques.
Elles indiquent néanmoins une forte circulation des contenus liés à la compétition.
La CAF signale également une augmentation de 50 % du nombre de partenaires internationaux de diffusion par rapport à l’édition précédente.
Ces évolutions montrent que le football africain dispose d’une audience internationale importante et que sa distribution poursuit son expansion.
Elles obligent surtout à distinguer deux phénomènes : la popularité d’une compétition et la reconnaissance durable de ses joueurs.
Une compétition peut enregistrer des audiences élevées pendant plusieurs semaines sans que l’ensemble de ses principaux acteurs bénéficie ensuite d’une visibilité comparable dans les médias internationaux.
C’est précisément cette continuité de l’attention médiatique qui mériterait d’être étudiée.
Les chiffres communiqués par la CAF constituent des indicateurs utiles, mais leur interprétation scientifique nécessiterait un accès plus détaillé aux méthodes de mesure et, idéalement, des comparaisons indépendantes.
Les réseaux sociaux reproduisent-ils les mêmes stéréotypes ?
L’essor des plateformes numériques a profondément transformé la circulation de l’information sportive.
Les joueurs disposent désormais de leurs propres canaux de communication. Ils peuvent atteindre directement leurs supporters sans dépendre exclusivement de la télévision ou de la presse.
Cette évolution n’a toutefois pas fait disparaître les biais de représentation.
Une recherche de Tobias Schumacher, Indira Sen, Esi Doda et Claudia Wagner, publiée en mai 2026 dans les actes de l’International AAAI Conference on Web and Social Media, a analysé des discussions consacrées aux footballeurs sur Reddit et Twitter, sur une période couvrant quatre saisons et trois compétitions.
Les chercheurs observent que les joueurs noirs sont davantage exposés aux commentaires toxiques et aux propos portant sur leurs caractéristiques physiques.
Ces résultats rejoignent les observations réalisées dans les médias traditionnels.
Ils montrent que le problème ne relève pas exclusivement des pratiques professionnelles des journalistes. Les supporters peuvent également reproduire des représentations stéréotypées dans leurs propres échanges.
Il reste cependant difficile d’isoler la responsabilité des plateformes, de leurs algorithmes et des comportements individuels sans investigations spécifiques.
Peut-on scientifiquement parler d’une sous-médiatisation des joueurs africains ?
À ce stade, les travaux scientifiques permettent d’établir l’existence de biais raciaux dans certaines descriptions médiatiques, dans les évaluations journalistiques et dans les discussions numériques.
Ils permettent aussi de comprendre comment les rapports économiques entre compétitions influencent les conditions de production de la notoriété sportive.
En revanche, ils ne fournissent pas une mesure mondiale et exhaustive du temps d’antenne ou du nombre d’articles consacrés aux footballeurs africains par rapport aux autres joueurs.
Cette limite est importante.
Pour mesurer rigoureusement une éventuelle sous-médiatisation, il faudrait constituer un corpus de médias internationaux et africains, puis comparer des joueurs présentant des caractéristiques sportives similaires.
L’enquête devrait notamment examiner le nombre d’articles publiés, la place accordée aux joueurs dans les titres, le temps d’antenne, la fréquence des interviews et la nature des commentaires.
Il faudrait également tenir compte des buts, des passes décisives, des postes occupés, du prestige des clubs, des résultats collectifs et des publics auxquels les médias s’adressent.
Une autre précaution consisterait à distinguer la nationalité sportive, le lieu de formation, l’ascendance familiale et la couleur de peau. Ces caractéristiques ne peuvent être utilisées comme des catégories interchangeables.
L’étude permettrait alors de déterminer si, à performances et conditions de visibilité comparables, l’appartenance à une sélection africaine reste associée à une couverture médiatique différente.
Sans ce travail statistique, parler d’une sous-médiatisation générale demeure une hypothèse sociologique, non une conclusion empiriquement démontrée.
Une reconnaissance qui dépend encore largement du lieu où se construit le prestige
Le football international n’ignore pas les talents africains. Les carrières de Mohamed Salah, Sadio Mané, Victor Osimhen, Achraf Hakimi ou Ademola Lookman suffisent à montrer qu’ils peuvent accéder aux niveaux les plus élevés de reconnaissance sportive.
Les recherches examinées révèlent cependant que la manière de raconter leurs performances n’est pas toujours neutre.
Les stéréotypes physiques documentés dans les commentaires, les différences d’évaluation observées dans la presse italienne et les représentations relevées dans certains médias montrent que la reconnaissance sportive est également un phénomène social.
Le prestige des compétitions intervient dans cette construction. Il détermine en partie l’exposition des performances, les ressources consacrées à leur diffusion et les publics qui y ont accès.
La forte croissance des audiences de la Coupe d’Afrique des Nations montre néanmoins que ces hiérarchies ne sont pas figées. Les compétitions africaines disposent de capacités croissantes pour atteindre directement des audiences internationales.
L’enjeu scientifique consiste désormais à mesurer si cette progression transforme également la visibilité durable des joueurs.
L’étude de la médiatisation des footballeurs africains conduit finalement à une interrogation qui dépasse le seul domaine sportif : dans un espace médiatique mondialisé, comment se construit la valeur publique d’un talent, et quelle place occupent les institutions économiques et culturelles dans cette reconnaissance ?
L’analyse des parcours individuels apporte des premières réponses. Seule une enquête comparative de grande ampleur permettrait de mesurer précisément les inégalités qui subsistent.
Maramory Bouka Niaré
Rédacteur en Chef
Références scientifiques et documentaires
Études scientifiques
- Principe, F. et van Ours, J. C. (2022). « Racial bias in newspaper ratings of professional football players ». European Economic Review, vol. 141, article 103980. Consulter l’étude.
- Ejekwumadu, I. (2025). « Big, strong, reliable guys who have the legs to run: racialised stereotypes of the African player and talent development systems in West Africa ». Ethnic and Racial Studies. Consulter l’étude.
- Dubinsky, I. (2023). « Backward, homogenized, and commodified: The representation of African football through the Israeli media ». Soccer & Society, 24(6), p. 850-864. Consulter l’étude.
- Schumacher, T., Sen, I., Doda, E. et Wagner, C. (2026). « Racial Biases in Social Media Discussions About Soccer Players ». Proceedings of the International AAAI Conference on Web and Social Media, 20(1), p. 2022-2044. Consulter l’étude.
- Hall, S. (dir.) (1997). Representation: Cultural Representations and Signifying Practices. Londres, Sage Publications.
- Bourdieu, P. (1979). La Distinction. Critique sociale du jugement. Paris, Les Éditions de Minuit.
Rapports et données institutionnelles
- RunRepeat et Professional Footballers’ Association (2020). « Racial Bias in Football Commentary ». Consulter les résultats et la méthodologie.
- UEFA (2025). « Champions League top scorers: Raphinha and Serhou Guirassy finish top ». Consulter les statistiques.
- Ballon d’Or (2025). Classement officiel masculin 2025. Consulter le classement.
- Confédération africaine de football (2025). « Fiston Mayele tops TotalEnergies CAF Champions League scorers chart ». Consulter les statistiques.
- Confédération africaine de football (2026). « TotalEnergies CAF AFCON Morocco 2025 Breaks New Digital Records with 6 Billion Views ». Consulter les données.
- UEFA (2024-2027). Distribution financière des compétitions masculines. Consulter les mécanismes de distribution.
- Confédération africaine de football (2026). Revalorisation des primes des compétitions interclubs. Consulter l’annonce officielle.
- FIFPRO (2024 et 2025). Sélections officielles du onze mondial féminin. Édition 2024 et édition 2025.
Note méthodologique : cet article propose une analyse sociologique fondée sur une revue de travaux scientifiques et sur des données publiques d’organisations sportives. Il ne présente pas les résultats d’une enquête empirique originale menée par RPMEDIAS. Les conclusions des études sont restituées dans les limites de leurs échantillons et de leurs méthodes.




