Macron porte plainte contre l’auteur de sa caricature : où est passée la liberté d’expression ?

Macron porte plainte contre l’auteur de sa caricature : où est passée la liberté d’expression ?

 

Le président Emmanuel Macron a déposé une plainte contre l’homme à l’origine d’un affichage le présentant en Adolf Hitler. Pourtant, le chef de l’État a à plusieurs reprises exprimé son soutien aux caricatures de Charlie Hebdo. Alors pourquoi un tel revirement ?

« Ceux qui se sont lâchement attaqués à Charlie Hebdo, il y a 4 ans déjà, combattaient la liberté d’expression et donc la République. » Voici un tweet d’Emmanuel Macron, écrit le 7 janvier 2019 en hommage aux victimes de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo.

Il poursuit : « La République est toujours là, et la liberté d’expression plus forte que jamais. »

En 2020, Emmanuel Macron réitère son soutien pour les caricatures. En effet, en octobre dernier, durant la cérémonie d’hommage à Samuel Paty, l’enseignant décapité pour avoir montré à ses élèves des dessins de Charlie Hebdo consacrés au prophète de l’islam, le président avait déclaré que « nous ne renoncerons pas aux caricatures ». 

Ces quelques mots ont déclenché un tollé dans le monde arabe. Plusieurs appels au boycott des produits français ont été lancés en Turquie, en Algérie ou encore au Maroc.

2 ans après, le discours du président peut être contesté. 

Emmanuel Macron est-il Charlie ?

 

Michel-Ange Flori, originaire du Var a publié des affiches représentant Emmanuel Macron en Hitler. Les caricatures ont été placardées sur des panneaux à Toulon et la Seyne-Sur-Mer. Le président de la République s’est rapidement tourné vers un cabinet d’avocats pour déposer plainte à son encontre.

De plus, une enquête est en cours, pour « injure publique » par le parquet de Toulon. « J’ai saisi la sûreté départementale du commissariat de Toulon dans le cadre d’une enquête préliminaire”, avait indiqué à l’AFP le procureur de la ville Bernard Marchal. 

Toutefois, Michel Ange Flori a tenu à se justifier sur son acte : « Cette affiche, c’est excessif et c’est le principe de la caricature. Mais ça n’est pas injurieux ». Un avis qui n’est pas partagé par Emmanuel Macron.

En France, la liberté d’expression connaît des limites. Alors, peut-on rire de tout ?

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L’exemple de l’affaire Dieudonné 

 

La liberté d’expression est très encadrée par la loi française. Cet encadrement se fonde notamment sur l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui stipule que « la liberté consiste à pouvoir tout ce qui ne nuit pas à autrui ». 

Les limites à la liberté d’expression sont précisées par la loi du 29 juillet 1881. 

La diffamation ou l’injure sont ainsi passibles d’une condamnation. La provocation à la discrimination, la haine ou la violence envers des personnes « à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » (article 24 de la loi du 29 juillet 1881 modifiée) l’est également.

Ainsi, les personnes qui tiennent de tels propos sont passibles d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

L’humoriste Dieudonné en a payé les frais.

En effet, le polémiste a été condamné à plusieurs reprises pour « provocation à la haine raciale », « contestation de crimes contre l’humanité » ou « apologie du terrorisme ». Son spectacle Le Mur a même fait l’objet d’une interdiction en 2014.

Plusieurs questions peuvent être posées : peut-on changer la loi de 1881 ou tout simplement qu’est-ce que la liberté d’expression ?

 

Par Stella DIABÉ