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Pandémie du coronavirus : l’Afrique au lendemain d’une crise sans précédent

Oeuvre d'art urbain exprimant la pandémie du coronavirus
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Oeuvre d’art urbain exprimant la pandémie du coronavirus

A  La veille de la troisième décennie du XXIe siècle l’humanité ferme ses portes, plus de 3,9 milliards d’habitants confinés chez eux, selon les chiffres du CNUCED ; plus de 268 000 décès et 3,68 millions de malades, selon les données de l’organisation mondiale de la santé (OMS). La scène peint ainsi, semble renvoyer à une guerre de plus dans l’histoire de l’humanité. Et pour le président français, Emmanuel Macron, il s’agit bel et bien d’une guerre. Comme ennemi cette fois-ci, il ne s’agit ni d’une idéologie, ni d’un peuple, ni d’un modèle mais plutôt d’un petit être invisible à l’œil nu. Cet intrus qui a obligé fermeture des frontières, retour à l’essentiel et nécessité de repenser tout un système.

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 Le COVID-19 ou coronavirus apparu en Chine en décembre 2019 semble rebattre les cartes. De l’Asie en Europe, de l’Europe en Amérique, de L’Amérique en Afrique, bref aucun des 5 continents ne semble y échapper.
Depuis presque que 2 mois, le monde tourne au ralenti. Les avions sont cloués au sol, les trains stationnés à la gare, les véhicules parqués dans le garage et les humains confinés à la maison.
Après un léger ralentissement du virus et la non-réalisation des prophéties apocalyptiques de certains spécialistes sur l’Afrique face au virus,  la question est à l’impact de la crise sur les économies du continent.
Après avoir affichée une croissance économique de 3,4% en 2019 et avec des prévisions de l’ordre de 3,9% en 2020 ; à la suite de la crise du coronavirus ce chiffre chutera, selon la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), à 1,8%.
Cette prévision de l’effondrement des courbes de la croissance donne une idée de la brèche qu’ouvrira le COVID-19 dans les économies africaines.
A la veille des relances, des questions demeurent posées : Quels sont les impacts réels de la crise sur les économiques africaines ? Et quelle opportunité en tirer ?

1- Les impacts immédiats sur les économies africaines

Avant même que le monde ne finisse de pleurer les morts liées au coronavirus, des questions tournent au tour de la relance d’une société mise sur pause pendant plus de 2 mois. Si la santé de l’économique mondiale est fragile et préoccupante, celle du continent africain parait la plus urgente, du moins selon les prévisions des institutions onusiennes (la CNUCED, la CEA).
Profondément dépendantes des exportations de matières premières, la fermeture des frontières  et la reconfiguration des priorités, bat les économies africaines à plein fouet. Pour les pays exportateurs du pétrole, le constat est sans appel, à un moment où le prix du baril de pétrole tombe en dessous de zéro aux Etats-Unis.

Selon la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), les pays exportateurs du pétrole sur le continent, doivent s’attendre à une perte d’un montant de plus de 65 milliards de dollars, soit l’équivalent du Produit Intérieur Brut de plus de 18 Etats réunis (Comores, Guinée-Bissau, Seychelles, Gambie, Djibouti, Cap-Vert, République centrafricaine, Erythrée, Lesotho, Soudan du Sud, Burundi, Libéria, Sierra Leone, Sao-Tomé, Togo, Malawi, Somalie et Niger).

Les pays tels que le Nigéria, l’Algérie, l’Egypte, l’Angola ou l’Afrique du Sud paient le prix cher de leur dépendance aux exportations de pétrole. Rien que pour le Nigéria, l’impact du COVID-19 pourrait drastiquement faire chuter ses exportations totales de pétrole brut de 14 à 19 milliards de dollars.
En tout, l’institution onusienne prévoit la chute des recettes issues de l’exportation de combustibles de l’Afrique à 100 milliards de dollars à travers le continent.
Outre le domaine de l’exportation des matières premières, d’autres secteurs de l’économie africaine sont durement touchés. Il s’agit en l’occurrence du secteur des investissements directs étrangers, de l’emploi et du tourisme.
En effet sur le plan le social, la crise du COVID-19 accroîtra les inégalités en matière de revenu salarial, d’accès au service de soin élémentaire… Cet accroissement des inégalités précipitera certains ménages dans la catégorie du seuil de pauvretés. Dans son rapport, la CEA précise que : ‘’La probabilité de voir les ménages vulnérables touchés par le COVID-19 plonger dans la pauvreté transitoire s’est accrue de 17,1 %, celle de les voir rester dans la pauvreté pendant une décennie ou plus longtemps s’est accrue de 4,2 % et celle de les voir sortir de la pauvreté a diminué de 5,9 %. La hausse des niveaux de pauvreté exacerbera également les inégalités de revenus existantes.’’
Faisant déjà face à des crises de sécurité alimentaire, la crise sanitaire risque d’’aggraver cette insécurité et rendre la situation insoutenable. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 820 millions de personnes souffrent de situation de faim chronique dans le monde.

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L’appelle de la FAO est clair, nous allons devoir affronter une crise alimentaire imminente, à moins que des mesures soient prises rapidement pour protéger les plus vulnérables, maintenir l’activité des filières et atténuer les effets de la pandémie sur tout le système alimentaire.
La CEA tire, quant à elle, la sonnette d’alarme sur la situation du continent africain où près de deux tiers des Etats sont des importateurs de denrées alimentaires de base.
Estimons-nous heureux que la crise ne comporte pas que des effets négatifs. Sous d’autres perspectives, cette crise sanitaire est une opportunité pour une Afrique qui se cherche depuis plus de 60 ans.

2- les opportunités à tirer de la crise

Cette crise du coronavirus vient trouver une Afrique isolée et en perte de repère depuis les indépendances.
En effet depuis les années 1960, l’indépendance des pays africains a rimé avec leurs accès aux grandes institutions internationales. L’entrée dans ces institutions étant l’affirmation décomplexée des souverainetés des jeunes Etats africains. Ainsi, dans cette hâte de reconnaissance internationale, ceux-ci n’ont discuté aucune  des dispositions de ces organisations négociées et instituées en leurs absences.
Et dès cette date a commencé un mariage à un camp où les institutions, qu’elles soient politiques (ONU), économiques (La banque mondiale) ou financières (le FMI), imposent des directives qui vont en l’encontre du bien être économique des Etats du continent.
Des paradigmes qui ne sont nullement pas dans l’intérêt du développement du continent. Le consensus de Washington répond à tout, sauf aux réalités  politiques, économiques et sociales du continent africain.
 Ainsi, d’une part, cette crise du coronavirus est l’opportunité rêvée de revoir les fondements des institutions de Breton Wood. Elle est l’occasion de mettre en œuvre les idées longtemps défendues par l’économiste sénégalais Felwin Sarr. Ce dernier invitait les africains à aller à contre courant des indicateurs de ces institutions qui ne connaissent en rien les réalités du continent.
Dans la postface de son livre Afrotopia, l’auteur précise que L’Afrique n’a personne à rattraper. Elle ne doit plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin qu’elle se sera choisi. Son statut de fille aînée de l’humanité requiert d’elle de s’extraire de la compétition, de cet âge infantile où les nations se toisent pour savoir qui a accumulé le plus de richesses, de cette course effrénée et irresponsable qui met en danger les conditions sociales et naturelles de la vie.
L’idée de penser africain les réalités socio-économiques africaines a pris son envole en décembre dernier lors du consensus de Dakar. Ce consensus se veut un complément du consensus de Washington.
 Il est composé de sept (7) points fondamentaux :
– La nécessité de mobiliser les ressources internes,
– La bonne gouvernance et l’investissement direct étranger,
– La prise en compte des chocs (changement climatique, le terrorisme…),
– La comptabilisation de certains actifs dans l’analyse de la viabilité de la dette,
– La prise en compte des méfaits de l’échange inégal (la faible rémunération des matières premières,
– La transformation des matières premières en Afrique et l’industrialisation,
-La perception du risque.
En effet le bouleversement qu’engendrera la crise sanitaire serait une opportunité visant à concrétiser l’élan déjà pris par cet éveil de conscience. La considération de ce consensus permettra le décollage du continent, laissé longtemps à la traine.
D’autre part avec la crise sanitaire, c’est le moment où jamais de faire de l’intégration intra-africaine une réalité. Dans le rapport de la Commission économique africaine (CEA) intitulé le covid19 en Afrique : Sauver des vies et l’économie, celle-ci soulignait que la production mondiale de denrées alimentaires essentielles bénéficie de conditions favorables voire excellentes dans la plupart des grands marchés de production, notamment l’Afrique australe. Et qu’en dépit de cette situation, une réponse au COVID-19 apportée sous le coup de la panique a entraîné des restrictions à l’exportation et une désorganisation des réseaux de distribution.
Ainsi une réponse collective à la possible crise alimentaire qui plane sur le continent par la mise en œuvre de la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECA), entrée en vigueur en 2019, peut radicalement changer les donnes à deux niveaux.
En premier lieu sa mise en œuvre pourra sauver des milliers de vie des pays fortement dépendants des importations de denrées alimentaires de base. Aussi que la fermeture des frontières limitent l’accès aux produits pharmaceutiques, plus que nécessaires en ces temps ; la priorité donnée à l’interne contribuera à éviter une pénurie de médicaments.
En second lieu, une fois lancée, l’Afrique rentre dans une situation de non retour dans le domaine de l’intégration régionale longtemps voulue. Elle donnera le coup d’envoie d’une Afrique moins dépendante aux conditions (économique, sécuritaire…) extérieures.
En tout, pour le meilleur ou pour le pire, la fin de cette pandémie marquera un nouveau départ dans l’histoire de l’humanité. En situation de faiblesse et de dépendance totale à l’extérieure, il est plus que jamais urgent de revoir la relation entretenue entre l’Afrique et le marché mondial. Cette crise donne aux gouvernements africains une opportunité de refaire l’histoire du continent. Elle offre au continent la possibilité d’afficher son plein potentiel dans le cadre d’une coopération régionale inclusive.
De même, elle fait soulever des questions insondables, du moins pour l’instant ; telles que la fragilité des institutions étatiques face au religieux, le manque de leadership régional, la volonté de décollage par l’instauration de nouveaux paradigmes face à une société internationale récalcitrante aux changements…

SIMPARA Mahamadou dit N’fa
Etudiant chercheur en master Etudes diplomatiques
Université Mohamed V, fsjes-Souissi-Rabat

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