Moussa Mara: « Le leadership en Afrique n’est pas forcement exemplaire »

Invité au siège de l’Alliance Française à Paris par le Think Tank l’Afrique des Idées, l’ex Premier ministre du Mali Moussa MARA a répondu aux interrogations de jeunes africains et européens venus l’interroger sur les sujets touchant le continent africain. Un tour d’horizon des thèmes d’actualités tels que l’insécurité et le terrorisme, la pauvreté, la corruption, la jeunesse, la place des femmes entre autres ont été abordés lors de cet échange. C’est par la crise malienne et les accords d’Alger que Rouguyatou Touré, la directrice Paris de « l’Afrique des Idées » ouvrira la série de questions.

Morceaux choisis:

La crise du Nord Mali : “l’Etat n’a jamais eu le contrôle du Nord”

Pour Moussa Mara, la région de Kidal, est une zone vaste très peu peuplée et très peu  contrôlée par l’Etat et donc propice à tous types de trafics. Les accords de paix d’Alger sont difficiles à être appliqués car il existe de la résistance et au sein de l’État car il s’agit d’une réforme profonde et aussi parmi certains acteurs sur le terrain car ils se sentent perdants.

Le terrorisme en Afrique: “Nos états doivent organiser leurs services de renseignements”

La forme du terrorisme a changé et les auteurs difficilement identifiables car “ n’importe qui peut se lever et commettre l’irréparable”. De ce fait, pour Moussa Mara, il est primordial que les États Africains réorganisent leurs services de renseignements et mobilisent également leurs populations pour faire face.

Améliorer les conditions de vie: “ L’Etat doit être en mesure d’apporter les services indispensables à la population”

Les services prioritaires que doivent assurer l’Etat sont la sécurité, la santé et l’éducation. Pour améliorer les conditions de vie de la population d’un pays les actions prioritaires doivent se baser sur le secteur où il y aurait le plus d’impact dans la population. Au Mali, le secteur agricole concerne 70% de la population; développer le secteur agricole aurait donc un impact considérable sur la population.

Quel avenir pour la jeunesse africaine: “la jeunesse est abordée comme une menace par nos autorités.”

Avec une démographie galopante et une moyenne d’âge de 16 ans de la population subsaharienne, il devient difficile pour les États pauvres d’assurer l’éducation des plus jeunes par manque de budgets, de structures ou d’enseignants. Le système éducatif est aussi à repenser avec la réalité du marché de l’emploi. Le défi sera de trouver à toute cette jeunesse une occupation professionnelle.

La corruption en Afrique : “il n y a pas de corrupteurs sans corrompus”

Selon Mr  Mara, plusieurs facteurs expliquent un enracinement de la corruption en Afrique et en premier lieu des dirigeants qui ne sont pas exemplaires. La complexité des procédures administratives, les intermédiaires mais également la méconnaissance par les citoyens de  ces procédures nourrissent cette corruption. Le comportement des usagers prêts à payer pour solliciter des faveurs ou arranger leur situation perpétue le système. Tant que ce sera “l’argent qui parle “ dans nos sociétés, la corruption demeurera une norme.

La place de la femme en Afrique: “ Nos pays sont culturellement machistes”

Pour changer cette culture, il faut changer nos mentalités conservatrices. La question de l’éducation des filles est cruciale car elles vont deux fois moins à l’école que les garçons. Soutenir aussi une politique de quotas pour permettre aux femmes d’être aux avant postes de l’élite. Aux femmes également de se décomplexer et de prendre toutes leurs places dans la société et le développement de nos pays.

Le rôle de la diaspora: “ la diaspora envoie au pays plus que l’aide au développement”

La diaspora doit tout simplement repenser sa position et accepter de prendre le rôle de leadership dans leurs pays d’origine. Malheureusement leur financement se limite à assurer la consommation de la population locale au détriment d’un investissement pour produire. Leur méfiance vis à vis de l’administration ou de l’environnement des affaires est un frein à l’investissement mais selon l’ex Premier Ministre, l’implication de la diaspora augmenterait de 2 à 3 points supplémentaires le taux de croissance.

Moussa Mara pour conclure la rencontre plaidera pour une union des ethnies, des différentes nationalités en Afrique à l’instar du modèle de société au Mali.

 

Baba DÈME