Le Mali, vers notre défaite commune

La défaite du Mali n’épargnera aucun Malien. Depuis longtemps, le Mali semble devenir, non pas une cause commune, mais une cause perdue. Pourtant, malgré un pessimisme contagieux, ce pays reste une cause merveilleuse. Ce n’est plus deux ou trois Mali qui s’affronteraient mais plusieurs Mali qui n’arrivent plus à dialoguer pour mener lutte commune. Lutte commune contre la mauvaise gouvernance. Lutte commune pour l’égalité des chances. Lutte commune pour la souveraineté pleine et entière sur notre territoire. Comment faire oeuvre utile pour éviter la faillite du Mali ?

Il est impossible de prévoir l’avenir de notre pays. L’urgence du moment est tel qu’il appelle plus à l’action qu’à la pensée. Or, nous ne pouvons faire l’économie ni de l’une ni de l’autre. Il est également difficile d’analyser la société politique malienne. Une société politisée à outrance, qui a perdu ses lumières politiques et citoyennes des luttes souveraines et anti-coloniales avec le coup d’État de 1968. Le marché politique construit -après la nuit de la dictature militaire qui éteignit ces lumières et engloutit ces citoyens- et qui consacra les partis comme acteurs principaux du jeu politique, a favorisé l’émergence d’entrepreneurs et de courtiers politiques tout en ouvrant la voie à une course folle aux élections. La fin de la politique des idéologies -ou du moins des convictions et la consécration de la politique purement matérialiste et irresponsable. Et un tel marché, en général, ne produit que des politiciens corrompus, des dirigeants faibles et illégitimes. Car, la norme électorale suffit pour ne pas perdre son mandat et ses privilèges même en cas d’illégitimité. Sous la Première République, l’homme politique se souciait plus de sa légitimité, du caractère représentatif de son pouvoir et de l’adhésion populaire dans son projet politique. Aujourd’hui, la seule donnée qui compte dans la démocratie électoraliste malienne instaurée avec l’ouverture multipartite, est comment gagner des élections, du coup, il n’est plus question de s’adresser à un ensemble mais d’identifier une catégorie afin d’obtenir son soutien pour arriver à cette fin.

La politique échappe aux citoyens. Le Mali a cessé d’exister pour certains car devenu le monopole d’une minorité qui se réserve l’accès aux ressources publiques et conditionne sa redistribution à une allégeance politique. Le jeu politique est structuré autour de réseaux clientélistes produisant des électeurs marchands et volatils. Les populations, en majorité, n’ont plus confiance dans leurs politiciens mais ceux-ci arrivent tout de même à diviser ceux-là et, de fait créer plusieurs Mali. Le clivage n’est pas par rapport à la transformation du Mali mais à son appropriation.

Les évidences d’action sont là même si les modalités et les conditions ne sont pas partagées. Se conformer et se satisfaire du cadre actuel ne fera que reporter le chaos. La figure politique est extrêmement clivante. Il est question de donner une nouvelle chance au Mali et non pas à un homme qui ne s’est pas montré à la hauteur des urgences du moment.Il est question de mettre fin à des pratiques de mauvaise gouvernance. La légitimité ne se gagne pas par les urnes, et quand le pays risque l’effondrement, il ne peut se contenter d’une catégorie au détriment de l’adhésion de tout un ensemble. Un pouvoir politique qui sort d’un tel contexte se rend à la fois vulnérable de l’extérieur et contestable de l’intérieur.
Il ne s’agit pas tant de faire front commun que d’éviter un péril commun.

Mahamadou Cissé

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