L’incohérence du gouvernement de la transition avec les médias RFI et France24.

 

Pour des raisons de cohérence , Abdoulaye Diop ne devait pas accorder cette interview à RFI. La petite histoire, le 16 Mars 2022 , le gouvernement de la transition du Mali a lancé la procédure de suspension de la diffusion de la Radio France Internationale et Franc24 sur l’ensemble du territoire du Mali.

Cette suspension a été motivée, selon le gouvernement de la transition, par la mauvaise volonté de RFI à nuire à la stabilité du Mali surtout les actions gouvernementales. Les jours suivants, les maliens se sont retrouvés dans l’impossibilité d’accéder aux contenus de cette radio et ceux de France24. L’interview accordée par Abdoulaye Diop (ministre des affaires étrangères du Mali) à Alain Foka (journaliste à RFI) dans son émission « le débat africain », laisse-t-elle à penser que RFI serait interdite aux maliens et non aux membres du gouvernement ?

En tout cas, le communiqué du 16 Mars 2022 publié par le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation, va au-delà d’une simple suspension. Si la volonté de RFI est de démobiliser les maliens, de manquer de respect aux FAMAS (Forces armées maliennes), pourquoi parler du Mali sur ses ententes ? Le ministre n’aurait-il pas manqué de respect à ses FAMAS en s’apprêtant à cet exercice qui ne les défend pas finalement face aux allégations annoncées par RFI en leur encontre ? La source de l’incohérence de cet exercice se trouve dans le communiqué du gouvernement. En prenant certains des termes le gouvernement de la transition dit ceci :

« En effet, le gouvernement rappelle que les agissements de RFI et de France24 ressemblent, dans un passé récent, aux pratiques et au rôle tristement célèbre de la radio « Mille Collines » dans un évènement tragique survenu en Afrique ».

Communiqué du gouvernement de la transition du Mali sur la procédure du suspension de RFI et France 24

Cela est un rappel du rôle que cette radio  a joué dans le génocide Rwandais dans les années 90. Nombreux sont des observateurs qui ont qualifié cette  radio comme faisant partie des « médias incitatifs » lors des évènements du génocide Rwandais. Cette comparaison par le gouvernement met en cause l’impartialité de RFI dans la gestion médiatique de la crise malienne et encore sa méthode consisterait à créer un scénario (génocide relatif aux conflits inter-ethniques entre les Hutus et Tutsis) semblable à celui du Rwanda du 07 Avril au 15 Juillet 1994. En termes clairs, pour le gouvernent, RFI pourrait être l’agitatrice des Peulhs contre le reste des maliens.

Pour des raisons de cohérence, c’est insensé d’accorder la valeur à un média ayant des comportements pouvant enclencher, enraciner un conflit inter-ethnique dans son pays, encore avec le statut de ministre,   il fallait être  plus radical.

Le deuxième niveau d’incohérence est relatif à la thématique traitée lors du débat d’Alain Foka auquel Abdoulaye Diop a participé. « Afrique de l’Ouest : quelle est l’efficacité des sanctions de la Cédéao ? ». Ceci étant, l’intervention de notre cher ministre a mis à terre l’Etat malien quant aux échanges entre lui et le Général Francis Behazin, commissaire des affaires politique, paix et sécurité de la communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette thématique ne justifie point sa participation à cette émission de part son caractère redondant dans l’actualité politique du Mali. Difficile de considérer cela comme une stratégie de défense, le comportement du ministre en aurait été une si seulement il avait exercé son droit de réponse pour dénoncer les allégations portées par RFI et les ONG et mettre en lumière leur partialité dans cette affaire.

En somme, le gouvernement de la transition à travers son ministre a trahi son engagement du 16 Mars 2022. Dans une moindre mesure, il aurait donné raison à RFI finalement car le fait d’accepter son invitation à participer à cet débat, met en doute l’authenticité des mauvais agissements décriés par  gouvernement dans son communiqué du 16 Mars 2022.

La parole est sacrée selon les Bambara !

BOUKA NIARE
RMPEDIAS