Le Mali : Vers un pouvoir sans opposition ?

Au Mali, le régime militaire en place est en pleine confiance depuis la grande mobilisation à Bamako. Elle se campe sur sa position de prolonger la transition de 5 ans et s’est désormais donné carte blanche. Nous nous acheminons peut-être vers l’absence de tout contre-pouvoir au Mali.

Le tout puissant Assimi , le prophète choguel

Au Mali il n’y a de décideur que Assimi et Choguel est son envoyé. Rien ne semble s’opposer à la volonté du président de la transition malienne. Le Colonel Assimi Goïta qui a pourtant sur son dos la CEDEAO et l’union Européenne voit sa côte de popularité grimpée de jour en jour au sein de la population. L’embargo qui a provoqué la flambée des prix de quelques denrées alimentaires a créé au contraire une atmosphère de solidarité. Par exemple la synergie des enseignants signataires du 15 octobre a suspendu son mot d’ordre de grève de 5 jours suite à l’embargo.

Un discours souverain, un premier ministre qui ne mâche pas ses mots, un ministre des affaires étrangères qui plébiscite la Russie, un porte-parole du gouvernement qui n’hésite pas à recadrer la ministre des armées française, les communiqués qui se succèdent annonçant des victoires des forces armées maliennes sur les terroristes : les maliens en ont plein la vue et n’ont jamais été autant enthousiaste envers un pouvoir. « Tenir tête à la France est la preuve que le président Assimi n’est pas manipulé et qu’il est dans une optique d’auto-détermination du Mali. La réception d’armes de défense en provenance de la Russie nous rassure.» témoignait un jeune étudiant.

Les opposants sont devenus des chats noirs

Il faut rappeler que les éléments essentiels de la géopolitique malienne sont : la société civile, les partis politiques, et les religieux influents comme le cardinal Jean Zerbo, le chérif de Nioro, le président du haut conseil islamique Ousmane Cherif Madani Haïdara et l’imam Mahmoud DICKO.

La Société civile a manifesté le 14 janvier dernier, les religieux ont tous déclaré soutenir les sujets des recommandations des assises nationales de la refondation. L’influent imam Mahmoud Dicko lors de sa dernière sortie médiatique sur Mali Online appelait au dialogue et ne s’oppose donc pas catégoriquement au régime en place même s’il semble avoir des différends avec les militaires. Les principaux partis politiques ont salué l’expulsion de l’ambassadeur français à l’instar de ADP Maliba, URD, MPR, la preuve qu’ils soutiennent le gouvernement. La question est donc : qui s’oppose actuellement au régime de la transition ? Ils sont peu nombreux. On peut citer Issa Kaou Djim révoqué de son poste de vice-président du CNT, le chroniqueur Ras Bath qui perd de plus en plus en popularité, l’économiste Etienne Fakaba Sissoko arrêté pour propos subversifs et l’animateur Abdoul Niang récemment libéré, etc. Ces quelques rares voix qui osent contredire les décisions du gouvernement et dénoncer le non-respect du délai de la transition sont lynchés et menacés par de milliers d’internautes sur les réseaux sociaux. La transition a donc un boulevard devant lui pour exécuter son mandat.

Popularité ou populisme ?

« Les partis politiques ont montré leur limite, un régime militaire est la seule option qui puisse rassembler les maliens ». Selon ce jeune militant, la popularité du régime militaire se justifie par l’échec des politiciens depuis l’avènement de la démocratie. La population trouve enfin un peu d’espoir contre l’insécurité grandissante, la corruption et la scission qui menace le pays.

Certains politiciens maliens et médias français accusent le pouvoir d’instrumentaliser la frustration longtemps ruminée par la population. Choguel serait la figure de ce populisme avec des déclarations assez fracassantes. Les médias maliens aussi jouent un rôle majeur. Les web TV influentes relaient en longueur de journées les messages des autorités et donnent de l’audience aux chroniqueurs pro-transition et s’attaquent aux détracteurs du pouvoir en place.

Une reconfiguration s’opère sur l’échiquier politique malien. L’armée a pris le pouvoir comptant rester 4 ou 5 ans de plus et ne semble pas être inquiété par la communauté internationale qui appelle à un retour à l’ordre constitutionnel. « Ce gouvernement malien n’a peur que de Dieu et du peuple malien » disait le premier ministre Choguel Kokalla Maïga. Donc le peuple malien reste le dernier garde-fou entre ce pouvoir et les dérives.

Abdoussalam DICKO
Rédacteur web Freelance