Le discours du premier ministre Choguel Maïga à la 76ème session de l’AG des Nations Unies, un discours de rupture ?

Le discours du premier Ministre Choguel Maïga à la 76ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies , peut-il être une tracée d’espoir pour la diplomatie malienne qui s’est recroquevillée dans sa petite coquille depuis un certain temps ?

Comme à l’accoutumée, la session offre une tribune d’expression aux 193 Etats membres pendant une durée d’une semaine. La problématique de la Covid-19, des enjeux environnementaux, de la revitalisation des actions de l’ONU, des droits de l’homme, a été au cœur des débats. A cet effet, le premier ministre Choguel Maïga n’a pas pris 1000 chemins pour évoquer le cas du Mali, un discours taillé sur mesure sur la situation d’insécurité et les nouvelles actions prévues par le gouvernement de la transition de son pays.

 

Un bilan mitigé de la MINUSMA  au Mali 

Si Choguel Maïga n’a cessé de rappeler le contenu de la résolution 2100 ayant acté le déploiement de la MINUSMA au Mali en 2013, cela veut dire clairement qu’il y a une volonté de faire le bilan mitigée de cet acteur de paix au Mali. Il n’a pas hésité à souligner le changement unilatéral des missions de la MINUSMINA dont le rôle reste ambiguë dans la résolution des conflits au Mali. En 2021, selon le rapport du conseil de sécurité de l’ONU, le nombre de victimes de violence a augmenté de 25% en trois mois (Mai, juin, juillet 2021). Plus de 500 maliens ont été tués, blessés ou enlevés au cours du second trimestre de cette année (MINUSMA). La recrudescence des abus commis par les groupes islamistes et du banditisme continue son petit chemin, des villages entièrement rasés. Que dire ? Le bilan n’est pas au rendez-vous ! C’est dans ce cadre que l’on apprend dans le discours de Choguel Maïga l’engagement du gouvernement à mettre en place une structure de suivi et de coordination des activités de la MINUSMA en s’appuyant sur ses droits internationaux. C’est une première en ce qui concerne la présence de la MINUSMA au Mali depuis 2012. Cela laisse à penser que le gouvernement malien ne veut plus rester observateur de la régulation des conflits, un engagement à encourager dans le souci d’implanter une gestion intégrée des actions de tous les acteurs de la paix établis sur le sol malien.

 

 La mauvaise conduite de la France

La mission française a aussi eu sa part de môni « Bouillie à base de mil », en résumé Choguel Maïga assigne que la France a agi toute seule quant à ses récentes décisions qui ne laisse pas le gouvernement malien indifférent.  La France n’aurait pas respecté certaines règles qui régissent le lien Mali-France-ONU, il s’agit bien du « Principe de consultation et de concertation ». Ce principe a bien son sens dans la gestion des relations internationales axées sur l’intervention française au Mali à travers le satisfécit de l’ONU exprimé par la résolution 2100 en 2013 qui a légitimé cette intervention. Le non-respect de cette règle, aura conduit le gouvernement à prospecter d’autres partenaires pour ne pas dire privilégier . Peut-on le soupçonner d’avoir lever le doute sur une éventuelle collaboration avec le fameux groupe WAGNER ?

La relecture de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali en vue ?

Le premier ministre a fait un court bilan de la mise en œuvre de l’APR tout en dégagent les blocages de la part des mouvements signataires. Depuis la prise de pouvoir par le Colonel Assimi Goïta les maliens se sont habitués au concept de la «mise en œuvre intelligente de l’accord » sans véritablement comprendre ce que cela signifie. Le ton était clair lors de cette 76ème session de l’assemblée générale de l’ONU, en tout cas dans le discours de Choguel Maïga, une relecture de l’accord conformément à son article 65 pourrait être envisagée et son apparition par les maliens comme axe principal. Le premier ministre a soulevé le doigt sur le goulot d’étranglement  quant au DDR, il s’agit de la transmission de la liste des combats de la CMA à intégrer dans le dispositif. Cela fait plus de 6 mois depuis après le coup d’Etat en août 2020 que la CMA n’arrive pas à fournir cette liste et sans explication. En tout cas le gouvernement affiche sa volonté pour mettre en œuvre cet accord, mais jusque-là, il y a un manque de transparence en ce qui concerne l’accord d’Alger.

A quand une explication claire de cette « mise en œuvre intelligente de l’accord » aux maliens ?

 

Des élections non tenables sans les réformes de l’Etat ?

L’ordre de ce volet dans le discours n’est pas anodin, sa structure « sujets » est une copie conforme de son allocation lors de la rencontre du jeudi 09 septembre 2021 avec les membres du corps diplomatique et consulaire accrédité au Mali. C’est pendant cette même rencontre que Choguel Maïga a indiqué que la priorité de son gouvernement est d’abord la tenue des assises nationales sur la refondation de l’Etat (en réponse à la question sur l’organisation des élections en 2022). Encore une fois, sans cette refondation et le maintien de la sécurité sur l’ensemble du territoire le Mali ne pourra pas être en mesure d’organiser des élections transparentes et sécurisées.

Si les assises nationales et la sécurisation de l’ensemble du territoire du Mali restent la clé principale pour entamer la mission principale du gouvernement de Choguel, pourrait-on observer une durée plus longue plus que prévue de la transition ?

 

En sommes, c’était le lieu et la place pour exprimer tous ces éléments par rapport à la situation du Mali. Depuis l’intervention des forces internationales et organisationnelles, le Mali s’est vu en mode périphérique quant aux instances de décision sur la résolution de ses propres conflits.  Si les discours sont accompagnés par les actions, les maliens auront enfin le droit d’espérer un Mali respecté et considéré dans la gestion de ses propres affaires.

 

Bouka Niare

BOUKA NIARE
Rédacteur en chef (éditorial Politique)