Le langage inaudible du Mali vis-à-vis de la MINUSMA et de l’Accord de paix

La MINUSMA et l'application de l'accord pour la paix et réconciliation au Mali issu du processus d'Alger sont liés

“Le langage inaudible du Mali vis-à-vis de la MINUSMA et de l’Accord de paix : Analyse de la situation actuelle et implications futures”

Le colonel Ismael Wagué lors d’une visite à Kidal dans le cadre de l’application de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger

 

La mission de la MINUSMA

La MINUSMA est l’acronyme de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali. Il s’agit d’une opération de maintien de la paix des Nations unies en cours depuis 2013, visant à soutenir le processus de stabilisation et de réconciliation au Mali, qui a connu une crise politique et sécuritaire depuis le coup d’État militaire de 2012 et la prise de contrôle du nord du pays par des groupes armés terroristes et des rebelles.

La MINUSMA a pour mandat de protéger les civils, de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, de surveiller et de promouvoir le respect des droits de l’homme, d’appuyer la réforme du secteur de la sécurité, de contribuer à la réconciliation nationale et de soutenir la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger.

L’importance de l’accord de paix

Le seul programme en place à ce jour au Mali et qui promeut la stabilisation du pays est l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. En conclusion, la MINUSMA existe pour faire aboutir la mise en application totale de l’accord de paix.

La position du gouvernement malien

Le discours du gouvernement malien est resté constant depuis le soir du coup d’État contre le président Ibrahim Keita. La charte de la transition et le projet de nouvelle constitution abondent dans le même sens. La fidélité à l’esprit de l’application de l’accord est la ligne de conduite officielle.

Il faut rappeler que le président français avait félicité la transition malienne trois mois après le coup d’État pour avoir mieux fait en si peu de temps que le président déchu en sept ans. Qu’est-ce qui avait valu ces éloges à l’ex-CNSP ? La bonne trajectoire de la mise en application de l’accord de paix avait plu au président Macron à l’époque. La France soutient l’application diligente de l’APR. D’ailleurs, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France avait initié les différentes résolutions qui se sont succédé de la création de la MINUSMA à ses différents renouvellements.

Les incertitudes quant à la stratégie du gouvernement malien

 

Comment comprendre que les autorités maliennes fassent la promotion de l’accord de paix, à laquelle tient tant la France, la MINUSMA et le reste du monde (ONU, UA, CEDEAO, UE, etc.) et laissent un discours contre ces entités prendre de l’ampleur ? Comment ne pas se rendre compte que le Mali donne l’impression de vouloir chasser la France, puis applique à la lettre la stratégie de la France au nord du Mali via l’APR ?

Le gouvernement malien ferme les yeux sur les agissements anti-MINUSMA mais tient à l’application de l’accord de paix, qui est la seule justification de sa présence sur le sol malien.

Une analyse simpliste nous conduirait à emprunter le raccourci de l’accusation du double langage, voire de la trahison. Les choses sont plus complexes que cela dans la pratique.

Il est effectivement difficile de savoir exactement quelle est la stratégie du gouvernement malien vis-à-vis de l’accord de paix et de la MINUSMA. Cependant, l’idée selon laquelle le gouvernement pourrait chercher à affaiblir la mission onusienne pour se défaire de l’accord de paix est une hypothèse plausible.

Il est vrai que la mission Barkhane s’est retirée du Mali de manière unilatérale, sans consulter le gouvernement malien. Du moins c’est ce que dit la partie malienne tout en cachant le travail de sape qui a précédé ce retrait. D’autre analyses montrent que la France a décidé de changer sa stratégie au Sahel, mais cela ne signifie pas nécessairement que le gouvernement malien a souhaité ce retrait.

Il est donc important de rester vigilant quant à l’évolution de la situation au Mali. Les vérités d’aujourd’hui ne valent rien demain.

La mission onusienne n’est pas à l’abri de cette méthode du pourrissement que les cinq colonels maitrisent à la perfection.

En juin, nous aurons un début de réponse aux questions et fantasmes qui nous animent. Le conseil de sécurité se réunira pour statuer sur le renouvellement de la MINUSMA.

Dans la logique, on ne peut pas adopter une chose et son contraire.

 

 

 

Elijah De BLA

 

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