L’an II de IBK- analyse du débat ORTM/Africable : un président haut perché qui n’a pas convaincu les maliens

Il y’a précisément deux ans jour pour jour que le président Ibrahim Boubacar Keita a été élu pour diriger le Mali pour cinq années. Pour commémorer cet anniversaire il a accordé du temps à deux confrères de l’ORTM et Africable pour éclairer les concitoyens sur les acquis de son mi-parcours et de ce qu’il reste à faire.

Avant toute chose, il faut rappeler que Allassane Diombélé, le journaliste représentant de l’ORTM pour cet exercice, fait bien son boulot de représentant de la passion de desservir le public. Il fait régulièrement le bouffon du roi en donnant son satisfecit concernant les actions du président. C’est du jamais vu à ce niveau. Cela valait le coup d’être précisé.

Tangara, le représentant d’Africable, honore son métier en poussant le président dans ses derniers retranchements emmenant ce dernier à changer de sujet et à verser dans l’émotion en employant la troisième personne du singulier pour parler de lui-même.

Revenons au plus important dans cet affaire. Sur le thème de la sécurité intérieure, aucune mesure claire n’a été évoquée par le président face à ce qui se présente comme la plus grande crainte des maliens en général et des bamakois en particulier. IBK s’est contenté de contester simplement la pensée collective qui veut que rien n’a été fait pour endiguer l’installation du banditisme et de son corollaire d’insécurité. On a le sentiment d’écouter un simple citoyen de Bla en campagne pour être maire d’une commune.

Sur sa décision au sujet du retrait du mouvement d’autodéfense Gatia, IBK s’est une fois de plus mélangé les pinceaux. Il a réitéré le fait que le Gatia n’est pas une fabrication du gouvernement ni du président. Selon lui, on ne doit pas s’en remettre à une milice pour sécuriser le pays. C’est peut être une réalité mais il n’explique pas pourquoi il se donne la capacité à donner des injonctions au Gatia alors qu’il ne s’adresse jamais au MNLA et à la CMA. Il s’est montré une fois de plus maladroit concernant la place du Gatia dans le processus de paix qu’il défend depuis Mai 2015.

Concernant l’armée et sa réhabilitation, la seule évolution dont le président peut se satisfaire est le fait que les soldats aient reçu trois uniformes différents. Il cite la demi-douzaine de bataillons formés par les partenaires or il ne dit pas que ces bataillons n’ont reçu aucun armement. Il semble croire que les maliens ne voient pas ce qu’il réalise et en même temps il est sensé les convaincre donc quelque chose ne va pas dans le bon sens.

La jeunesse et les emplois promis peuvent attendre. N’ayant pas grand-chose à défendre, il fustige les maliens d’être dans l’attente de postes bureaucratiques. Encore une fois, il évite la profondeur du sujet et bondit sur l’ouverture prochaine de mines d’or. Le vide sidéral couronne les promesses de l’homme de la situation.

Il justifie le besoin d’aller exposer le Mali à ses partenaires afin que les aides et les partenariats soient en phase avec les problèmes mais ne fait pas de décompte des gains de cette diplomatie que les maliens qualifient souvent d’aphone, incolore, inodore sans saveur un peu comme l’eau naturelle.

Les maliens seront ravis de découvrir que la MINUSMA n’est pas leur ennemi mais présente pour leur bien. Il faudra sans doute frapper à la porte de chaque malien pour expliquer cette vérité cachée. Le meilleur VRP de la mission des nations unis au Mali est le président IBK. Il faut peut-être chercher ailleurs un VRP pour les problèmes des maliens. Pour IBK, les maliens n’ont rien compris. Il va jusqu’à dire qu’il est le chef. C’est étrange d’être président et de rappeler qu’on est le chef et que personne ne va dicter la conduite à suivre; une espèce de monologue présidentiel. Il faut dire que dans son style cela vole très bas malgré le latin employé.

Selon lui, l’agriculture est son plus grand chantier. Il va offrir un millier de tracteur aux agriculteurs. On est en droit de se demander si c’est lui qui met a disposition ces tracteurs de sa propre poche ou si c’est l’état. Peut-être que, les deux sont confondus. Au point où nous en sommes ce ne serait pas une surprise.

On pourrait s’endormir en regardant le  bouffon du roi faire l’éloge de ce dernier avant chaque question dont la réponse est évidente. Nous n’avons rien appris de nouveau. Il parle de lui-même plus souvent que de projet. La question de l’indépendance de la justice a tourné court, il s’est recentré sur lui-même en retournant les questions au journaliste Tangara (il n’y en avait qu’un sur le plateau).

IBK semble déconnecté des attentes des maliens. Il a une certaine légèreté à balayer certains sujets d’ordre prioritaire pour les maliens. Il cite Senghor pour éviter l’enlisement par moment. Il parle très peu du gouvernement car seul lui est à l’ordre du jour.

On peut regretter l’absence de mots pour ceux qui portent les maux du Mali à savoir les soldats blessés de guerres, les familles orphelines de soldats, les victimes collatérales des actes de terrorisme. Les maliens sous occupation n’ont pas trouvé de place dans les propos de IBK. La diaspora malienne qui porte l’économie à une proportion connue et reconnue ne trouve aucune grâce dans les propos d’IBK. D’ailleurs lorsqu’il parle de l’état de l’économie du Mali, il affirme des statistiques confidentielles qui lui auraient été dites à Abuja. Ça fait très loin la source de Monsieur le président. Ceux qui conseillent le président doivent prendre des conseils car l’impréparation est flagrante à ce niveau de fonction. Les termes et les intentions sont d’une condescendance que mêmes les rois se refuseraient.

Il a eu des phrases de trop ce soir. Dire qu’il éteint lui-même les lampes et les climatiseurs de Koulouba signifie trois choses :

– ses collaborateurs n’écoutent pas ses ordres

– il fait dans l’émotion

– ou les deux à la fois

Pour une fois, le nom de son  ami  français « François Hollande » n’a pas été cité une seule fois. Il parle du président Abdelaziz Bouteflika comme de Dieu qui lui aurait fait des compliments. Venant d’un président, ça indique le niveau des attentes à avoir. A l’entendre parler du président Nigérien, on a comme le sentiment que ce dernier va devenir bientôt l’un de ses points cardinaux.

Si l’homme demeure dans sa légendaire position hautaine face à ses interlocuteurs maliens, il a semblé sans arme face aux différents thèmes qui lui ont été proposé ce soir. Il n’a point rassuré les maliens.  Ces derniers devront ranger leurs questions pour une autre fois. Ceci n’est ni plus ni moins qu’un rendez-vous manqué avec les maliens.

Joyeux anniversaire Monsieur le président.

 

Elijah De BLA