La Coupe d’Afrique des nations dans l’œil du néocolonialisme?  

La Coupe d’Afrique des nations dans l’œil du néocolonialisme ?  

 

La volonté de prostituer la grande messe footballistique du continent africain est de plus en plus décomplexée. Les acteurs extérieurs à la Coupe d’Afrique des nations n’hésitent plus à lui tailler des costumes trop serrés. Dans chaque ligue européenne, soit un coach, soit un consultant se pose en donneur de leçon sur la façon de tenir la CAN.  

Que reproche t-on à la Coupe d’Afrique des Nations ?  

-La périodicité est souvent citée comme un handicap. Handicap pour qui ? Si l’on considère que des millions de jeunes africains rêvent d’exposer leurs savoir-faire chaque deux ans, on peut dire que la coupe d’Afrique des nations est une opportunité pour eux.  L’Europe vient faire son marché sur le continent notamment pendant la CAN. Nombreux jeunes joueurs y sont vus, suivis puis achetés. Une fois ces joueurs confirmés et valorisés dans les clubs européens, leurs dirigeants tentent de leur faire oublier d’où ils viennent. Les talents africains évoluant en Europe subissent tout type de pression pour reléguer la coupe d’Afrique des nations au second plan. Certains joueurs en entendent parler au moment de négocier une prolongation, d’autres pour être recruté. Organiser la coupe d’Afrique des nations tous les quatre ans signifierait briser les rêves de millions de gamins sur le continent.

 –Le départ des footballeurs africains de leurs clubs pendant la coupe d’Afrique des nations  est très mal vécu par leurs employeurs. Qui dit employeurs dit ceux qui payent les salaires. Certains diront que le nerf de la guerre est là. Que les clubs soient ceux qui supportent le confort financier des footballeurs n’est pas une nouveauté. Ailleurs en Asie, en Amérique et en Europe cela ne semble affoler personne. Des matchs internationaux il y’en a moins sur le continent africain qu’ailleurs.  Pendant que les éternels experts de l’Afrique vomissent leurs expertises, la ligue des nations qui utilise plus de footballeurs européens est née. Si elle a fait jaser, les noms d’oiseaux n’étaient pas admis. Luciano Spalletti coach de Naples  a qualifié la coupe d’Afrique des nations de monstre invisible. Quatre de ses joueurs participeront à la CAN2021. L’ECA ( association des clubs professionnels) dirigé par Nasser al-Khelaïfi a lui aussi menacé de ne pas libérer les footballeurs des clubs européens concernés par la CAN2021.  Même Frédéric Antonetti dont le palmarès en tant que coach tient à deux titre de champion de ligue2 accuse la CAN2021.

Qui est le responsable de ce déficit de respect du à la coupe d’Afrique des nations?

L’Afrique compte presqu’un demi milliard d’être humains. Le football y est la première communauté et la première religion. Là où certains dépensent 150€ pour assister à un concert, les dirigeants du football ont échoué à générer le même intérêt pour le football. Le football est une question de business et rien d’autre aujourd’hui. Ceux qui s’adjugent le rôle de donneur de leçon sont du côté de ceux qui ont investi des millions dans le football africain. L’incapacité des dirigeants africains à faire vivre le football africain avec les médias africains et les millions africains est une piste d’explication. L’incapacité des différents des ligues subsahariennes à se professionnaliser oblige tous les gamins à émigrer. C’est celui qui dépense qui commande. Le continent africain tout entier est pris dans l’étau de l’amateurisme africain et la condescendance européenne. Le modèle politique qui lie la majorité des pays africains à l’Europe a été reproduit à la perfection dans le football. Tant que les réflexions n’évolueront pas vers une maitrise des facteurs  économiques et financiers, la coupe d’Afrique des nations donnera matières aux pseudo experts du continent.

D’où vient l’argent qui finance le football africain?

Fruit d’un « naming commercial » certainement juteux, La coupe d’Afrique des nations porte le nom  CAN TotalEnergies.  C’est unique dans l’univers du football. Ce n’est ni bien ni moins bien mais il faut le savoir pour s’expliquer certains faits. Le continent africain est le seul à ce niveau à avoir cédé à ce jeu de ne pas porter uniquement son nom. Total Energies est une multinationale européenne, cela rappelle d’autres histoires. Le détenteur des droits télé de la CAN2021 est BeIn Sports un acteur majeur du football européen depuis un certain temps. Tout ce qui rapporte de l’argent à CAF pour la tenue de cette CAN2021 provient d’un autre continent. C’est peut-être logique que les réflexions aussi proviennent de l’étranger.

Que reste-t-il à faire?

La CAF gagnerait à utiliser l’argent du football pour maintenir les footballeurs africains sur le continent. La professionnalisation des ligues africaines limiterait l’exode des talents et de fait limiterait l’influence d’un Frédric Antonetti  sur la CAN. Les ligues africaines doivent suivre les modèles existant en générant les ressources propres. La CAF doit créer un cadre de confiance local pour entrainer les firmes du continent dans un partenariat indépendant.

 

 

Elijah De BLA