IBK : un destin d’exception ne fait pas un président exceptionnel

 

 

 

Son élection, en 2013, survint dans un contexte socio-politique si particulier que sa présidence ne pouvait qu’être soit exceptionnelle ou d’exception. Cela dit, en Afrique en général et, au Mali en particulier, on n’attend pas forcément d’un président qu’il soit exceptionnel -ni d’ailleurs normal- mais « qu’il ait l’ampleur de vues, la clairvoyance, la passion lucide des grands hommes d’État » comme le décrivait Raymond Aron. Qu’il incarne les valeurs d’éthique et de responsabilité, qu’il travaille pour le bien-être des populations et qu’il ait le sens du servir avant de se servir. Pourtant, IBK est en train d’achever un « mandat d’exception ».

 

Un parcours politique normal

 

IBK est un professionnel de la politique. Son parcours politique n’a rien d’exceptionnel, il est assez « vieux-monde » avec une entrée en politique par le haut.

IBK n’est pas passé du local au national et n’a pas non plus connu le militantisme à l’intérieur d’un appareil politique. Au contraire, à un moment donné, il fut obligé de revenir au local pour reconquérir le national. Sa possible participation aux mouvements politiques contestataires dans les années 80-90 n’était pas en soi du militantisme dans son acception partisane. C’était une réalité incontournable pour les Maliens de la diaspora et, surtout dans le milieu universitaire. Soit on luttait pour le respect des droits civiques et des libertés politiques soit on défendait le régime militaire de Moussa Traoré.
À partir de 1992, propulsé sur le devant de la scène par l’ancien président Alpha Oumar Konaté, IBK ne vivra désormais que « de » la politique sans forcément vivre « pour » la politique. Dit autrement, la politique, telle pratiquée par IBK, est celle-là même qui révolte et indigne les citoyens. Faire de la politique pour se garantir un accès illimité aux ressources publiques. Faire de la politique pour les revenus et les privilèges qu’on en tire. Car, en l’absence d’une dimension idéologique sur laquelle repose sa vision politique, il est difficile de situer les pratiques de ce bourgeois auto-proclamé dans un héritage politique panafricain d’un Modibo Keita, d’un Mwalimu Julius K. Nyerere ou encore d’un Léopold S. Senghor. IBK ne serait même pas un bon gestionnaire au regard du niveau élevé de la corruption comme l’atteste le dernier rapport du bureau du Vérificateur général. Il n’est pas aisé de mesurer l’efficacité des actions de ses différents gouvernements. Ni l’émission sur l’ORTM consacrée aux « actions gouvernementales » ni le « rendez-vous avec Koulouba » de Racine Thiam (ex-patron de la cellule de communication de la présidence) -qui a quitté le palais pour rejoindre l’opposition-, n’ont convaincu les Maliens sur les réalisations effectives à mettre au crédit du président. D’ailleurs, l’arrêt de cette émission et la démission de R. Thiam démontrent  à suffisance l’absence de résultats à commenter.

 

La présidence d’exception

 

« Les démocraties sont perpétuellement menacées par la décadence qu’entraînent  l’anonymat des pouvoirs, la médiocrité des dirigeants, la passivité des foules sans âme » , soulignait R. Aron.

La force d’une démocratie repose en partie sur la qualité du personnel politique mais elle exige avant tout des citoyens conscients et engagés. En 2012, la démocratie malienne fut menacée comme elle l’a constamment été dans l’ère post-dictature par l’incapacité des gouvernants à bâtir un État pouvant faire corps avec la nation reposant sur des institutions incarnant les valeurs de liberté, d’égalité et de justice. En 2013, les Maliens ne cherchaient pas seulement un président mais également un « sauveur ». Les enjeux sécuritaires étaient et demeurent toujours leurs préoccupations majeures. Sans sécurité, le bien-être devient difficilement réalisable et profitable à tous. Du coup, les Maliens ont bien voulu sacrifier leur bien-être pour la paix et la reconquête  de leur territoire, donc de leur honneur. Et IBK a su adapter son discours politique à cette demande sociale. Après quatre années d’exercice du pouvoir, la déception est à la hauteur du plébiscite qui l’a porté à Koulouba. À ce jour, les populations n’ont ni sécurité ni bien-être, encore moins la bonne gouvernance. Or, son projet présidentiel tourne autour des ces trois piliers. Les demandes sociales sont passées à la trappe. C’est cela l’exception. Lui réputé « homme à poigne, rigoureux et intransigeant », c’est au cours de son mandat et à un moment critique de notre histoire que le Mali semble devenir le terrain de toutes les légèretés, injustices et inégalités. Si honneur il y a, il n’est pour personne. Si bonheur il y a, il est pour IBK, sa famille est es affidés.

Accusé par deux journalistes de « Le Monde » d’avoir été financé par l’homme d’affaires corse Michel Tomi, IBK renonça à porter plainte pour permettre à la justice de faire triompher la vérité et ce faisant sauver l’honneur du Mali et de son président.

Ingérence des institutions financières internationales dans notre économie -non souveraine sous IBK- pour exiger des sanctions contre des auteurs de délinquance financière après l’achat de l’avion présidentiel et le contrat d’équipements militaires. Mise sous tutelle de l’armée nationale et interdite sur une partie du territoire. Le militaire Malien meurt dans dans l’indifférence du pouvoir. Et le citoyen se contente d’une compassion virtuelle. IBK a échoué là où, presque, tous les Maliens le voyaient réussir. C’est cela un destin d’exception. L’exception, dans son parcours politique, aurait été de quitter la vie publique sans accéder à la magistrature suprême après avoir occupé différentes fonctions de porte-parole, d’ambassadeur, de ministre, de Premier-ministre ou encore de député. La déception, et non la présidence, fut exceptionnelle.

2018, au regard du danger qui menace le Mali, ne pourrait être qu’une élection d’exception dans notre démocratie. Donc, un moment décisif pour des citoyens afin de réaliser quelque chose d’exceptionnelle politiquement : la non-réélection d’un président sortant et candidat à sa propre succession. Son destin d’exception est de n’avoir pas été exceptionnel à un moment d’exception de notre histoire.

Mahamadou Cissé

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