L’équipe RP Medias a mis en lumière les origines du pagne africain tout en s’interrogeant sur les questions suivantes :
– Pourquoi le continent africain s’est approprié les tissus qui composent le pagne tel que le wax ou le bazin ?
– Pourquoi sont-ils montrés et portés comme des tissus traditionnels africains alors que leurs origines sont occidentales et qu’ils sont majoritairement fabriqués ailleurs qu’en Afrique ?
– Pourquoi les plus grosses entreprises qui les commercialisent et engrangent des bénéfices colossaux sont européens et asiatiques au lieu d’êtres africains ?
Pour essayer de répondre à ces questions nous commencerons par étudier ces différents tissus pour mieux comprendre leurs migrations, leurs évolutions dans le temps et leurs succès sur notre continent.
L’étymologie du mot pagne : du latin pannus qui définit une étoffe, un morceau de tissu.
Ce qu’il faut savoir c’est qu’aujourd’hui le pagne n’est plus seulement un vêtement, mais une valeur de référence, un signe de reconnaissance sociale et un symbole reconnu et admis par tous en Afrique.
1. D’où viennent ces tissus tels que le wax et le bazin (qui sont les plus connus) qu’elles sont leurs origines et histoires ? Leurs procédés de fabrication ? Où sont-ils fabriqués ? Qui en profite ?
2. Le bazin au Mali ? La signification de « la nuit du bazin », pourquoi ce tissu est-ils aussi mis en avant en Afrique ?
3. Pourquoi l’africain porte ce tissu en guise de tenue traditionnelle ?

1 / Le wax, origines et histoire
Le wax est un tissu traditionnel en coton, imprimé des deux côtés grâce à un système de cire (wax en anglais).
Ses origines viennent d’Indonésie : à la fin du 19e siècle, des colons anglais et hollandais s’inspirent du batik javanais pour imprimer sur des étoffes de coton des motifs aux couleurs vives.
Les soldats ghanéens qui combattent pour la force coloniale hollandaise sont séduits par ces nouveaux imprimés d’excellente qualité. A leur retour en Afrique ils apportent avec eux le wax, qui va devenir le tissu principal des africains. Voyant cela, les Hollandais se lancent alors dans une production massive, qui passe par le Ghana pour être revendue dans toute l’Afrique (plus tard ils vont collaborer avec les femmes africaines pour les vendre massivement sur tout le continent).
Fort heureusement dans les années 1960, le Ghana cherche à concurrencer le wax hollandais par la création d’usines locales et une augmentation considérable des droits de douane grâce au président de l’époque Mr Kwame N’Krumah. De nombreux pays africains suivent cet exemple et se mettent alors à fabriquer leur propre wax. Cependant cela ne suffira pas à devancer les occidentaux.

Où est fabriqué le tissu wax ?
– Dans le monde : le principal producteur de wax se trouve en Europe, plus particulièrement en Hollande (entreprise représentative : Vlisco, le producteur populaire de l’imprimé africain, qui ne cache pas du tout ses origines. Sa signature “véritable wax hollandais”). Il y a aussi les compagnies asiatiques ou anglaises qui ont une avance de taille face aux petites productions locales en déjouant leurs lacunes, comme la longueur des productions et leur coûts élevés, en produisant rapidement et à meilleur coût grâce aux économies d’échelles.
– En Afrique : plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest vont installer des usines de fabrication de wax dans leur capitale ou à proximité, pour rivaliser avec le wax hollandais.
– Bénin : SODATEX (Société Dahoméenne de textile) devenue aujourd’hui SOBETEX (Société Béninoise de Textile), elle fabrique trois qualités de tissu : le wax, le védomè et le chivi. Le premier possède les mêmes qualités que le wax hollandais on l’appelle aussi chigan. Le deuxième est d’une qualité intermédiaire, le dernier est moins épais et déteint considérablement au lavage.
– Côte d’Ivoire : UNIWAX
– Sénégal : SOTIBA, SIMPAFRIC
– Ghana : ABC wax
– Niger : Sonitextile à ses débuts, Enitex depuis la reprise par les nouveaux actionnaires en 1997
Le bazin, origine et histoire
Le mot « bazin » vient de l’italien où « bambagia » désigne la ouate de coton.
Le Bazin est un tissu damassé qui vient d’Angleterre, ses motifs sont tissés dès l’origine. Les premiers bazin sont très à la mode à la fin du XVIIIème siècle d’où le secret de fabrication.
Les livres d’histoire disent que ce tissu était jalousement conservé, avant d’être produit en grande quantité en france, notamment avec les entreprises de Lenoir-Dufresne (qui est devenu l’homme le plus riche du XIXe siècle avant d’être ruiné par la mise en marché d’une grande quantité de tissu). Ce tissu était alors amidonné et gauffré.
La légende dit que le premier importateur de bazin est tombé sur ce tissu par hasard lors d’un voyage en Europe. Cet importateur était en voyage d’affaires en Allemagne quand il a remarqué la beauté d’une étoffe blanche et raide dont les Allemands se servent pour fabriquer des nappes de table et des rideaux. Quand l’importateur (un malien) compris que cette étoffe pouvait se vendre en Afrique, il demanda aux fabricants d’ajouter un peu de brillant pour que le tissu ait toutes les chances de plaire à sa clientèle en Afrique.

Les différents styles de bazin : 3 styles
– Le bazin riche dit de premier choix : il se caractérise par sa technique de tissage 100% coton fin de qualité supérieur. Au contact de la teinture il dégage une brillance exceptionnelle.
– Le moyennement riche dit de deuxième choix : cette qualité est née de l’arrivée de la concurrence chinoise qui produit un bazin d’une qualité inférieure. Il coûte environ 2 fois moins cher que le bazin riche.
– Le moins riche : qualité basse pour permettre aux petits budgets de s’offrir du bazin. Il coûte jusqu’à 4 fois moins cher que le bazin riche. C’est à partir de 1980 que l’on observera ce nouveau venu : le damas chinois – de qualité nettement inférieure – il envahira l’Afrique, permettant à de nombreuses personnes plus modestes de se faire faire des boubous en bazin.
Les différentes étapes de fabrication du bazin :
La fabrication du bazin est trés compliquée comparé au tissu wax :le damassé est obtenu en tissant des fils fins obtenus avec le coton de qualité supérieure. Le fil est trempé dans un bain d’alcali pour le blanchir puis dans de la soude caustique pour lui donner du gonflant. Il est ensuite lissé à haute température et haute pression dans des cylindres souvent enduits de cire.
Le tissu est lavé, trempé dans un bain de teinture, égoutté, retrempé… jusqu’à obtenir la couleur souhaitée (plus il y a de trempages, plus la couleur est foncée). Traditionnellement, le tissu damassé est trempé dans de la gomme arabique pour lui donner son côté brillant et raide.
Le bazin n’est pas repassé mais frappé sur un billot de bois ce qui lui donne son brillant et sa raideur ; cela a occasionné un nouveau métier : « tapeurs de bazin ».
Le costume perd de son brillant au fur et à mesure des lavages, il faut alors le retremper dans de la gomme arabique avant de le taper à nouveau.
Où est fabriqué le bazin ?
Le tissu 100% coton blanc damassé servant de base à la fabrication du bazin n’est pas produit en Afrique, mais importé principalement d’Allemagne, de République Tchéque, des Pays-Bas et maintenant de la Chine. Il est ensuite teint artisanalement, notamment au Mali.
C’est assez troublant de constater que malgré les siècles passés, il n’y a toujours pas de transfert de technologies ni de délocalisation d’usines. Le tissu 100% coton damassé servant de base à la fabrication du bazin n’est pas encore produit en Afrique. L’Afrique ne possédant pas d’usine textile adaptée à sa fabrication.

On peut donc en déduire que ces 2 tissus ne sont ni nés et ni produits en Afrique et pourtant les principaux acheteurs sont africains. Il y a plus de 120 millions de consommateurs de pagnes et cela ne cesse d’augmenter.
Depuis l’arrivée de ces tissus attractifs sur notre continent quelques entreprises et usines ont été créées, mais ce n’est toujours pas assez pour détrôner ou même contrer les mastodontes que sont les usines occidentales qui gardent le monopole sur ce marché.
Aujourd’hui force est de constater que les principaux actionnaires de ce marché de plus en plus florissants sont encore et toujours les occidentaux et les asiatiques tout en sachant que les pays tels que le Mali, le Burkina Faso, le Togo et le Sénégal produisent une partie importante du coton mondial.

2/ Le bazin au Mali
Le Mali est le principal et le pays le plus réputé dans la production du bazin. A Bamako, une multitude d’ateliers de teinture prospèrent aussi bien pour la consommation locale que pour l’approvisionnement des négociants des autres pays d’Afrique de l’ouest et des importateurs du monde entier.
En effet, le pays est réputé pour la qualité et la variété de sa teinture. On y trouve les meilleures qualités de bazin importées directement d’Europe, à cela s’ajoute la créativité de la teinture artisanale.
On trouve également des productions locales plus limitées dans les autres pays notamment au Sénégal, au Ghana, en Côte d’Ivoire même si le bazin malien reste le plus réputé.
Depuis les années 80 , le bazin est devenu la tenue de cérémonie par excellence au Mali. Il a toujours été très apprécié de nos président maliens depuis des décennies et on peut encore l’observer avec notre président actuel Mr.IBK qui porte de magnifiques bazins a chaque déplacement ou entretien important.
Pour l’occasion et pour fêter l’amour des maliens pour le bazin, Bamako s’apprête à organiser un grand événement en mettant à l’honneur le bazin, du 4 au 6 septembre prochain.
C’est un évènement culturel majeur : la 1ère édition du Festi’Bazin ou festival du Bazin, une foire exposition vente mettant en valeur le Bazin malien. Il y aura des artisans, des commerçants, des créateurs de mode, des artistes et le grand public. Il est également prévu un espace culturel avec animation et restauration 24/24h pour développer l’attractivité sur le site. Le principal objectif de cet événement est la promotion de la culture malienne via le Bazin, devenu aujourd’hui un des leviers de croissance économique du pays. Il sera organisé au Centre International de Conférences de Bamako (CICB) sous le haut parrainage du ministre de la Culture, Mme N’DIAYE Ramatoulaye Diallo.

LA NUIT DU BAZIN, SIGNIFICATION ?
Cet événement qui se produit au Sénégal a été créé par le Leader du groupe Djalicounda et « Roi du Bazin », Djiby Dramé, né de père sarakolé et de mère mandingue. La première édition de la « Grande nuit du bazin » a été lancée en 2005.
La traditionnelle « Grande nuit du bazin » est un évènement qui s’intensifie chaque année avec les différentes tenues rivalisant d’éclat et d’originalité pour présenter l’authenticité de la mode africaine, entre thioub, bazin et gagnyla. « C’est pour montrer l’importance du bazin qui est un boubou de notre tradition, que j’organise cette soirée », « Je chante les louanges de mes fans qui, en retour, me remercient à leur manière. En dehors de cela, lorsque les fans sont contents, ils nous honorent. C’est la réalité africaine et c’est à notre plus grand bonheur. Ces pratiques ne sont pas spécifiques à la Nuit du bazin. Dans tous les autres spectacles, elles existent »
Il est quand même assez étonnant de voir des événements de ce genre qualifiés de « spectacles d’argent » glorifier un tissu qui n’est pas fabriqué en Afrique.
Cependant, pour le bazin on peut quand même se dire que pour certains maliens et africains cela a permis de créer des ateliers de teintures notamment et beaucoup d’emplois pour la finition.
Néanmoins la question reste toujours la même, pourquoi mettre en avant ces tissus venus d’ailleurs au lieu de mettre en avant nos propres tissus tels que le bogolan ou le kenté de Kita ?
Chaque pays possède ces tissus, mais on en parle peu voire jamais tellement le wax et le bazin prennent de la place.
3/ Pourquoi la plupart des africains portent ces tissus en guise de tenue traditionnelle ?

On peut dire que depuis notre plus tendre enfance ces 2 tissus sont présents dans notre quotidien à chaque magnifestation religieuse et culturelle. Le pagne ne représente pas seulement un morceau de tissu venu d’ailleurs, il représente beaucoup plus que ça, car l’africain en a fait son tissu de coeur et dans certains cas l’a personnalisé selon la couleur de sa nation.
La vue d’un pagne renvoie à tout Africain les images, les odeurs et les sensations de son enfance. Le pagne fait parti intégrante de l’héritage culturel de tous.
Le pagne est aussi un moyen d’expression culturelle réunissant usages et coutumes, croyances et traditions. Il est offert lors de mariages coutumiers en guise de dot. D’autre part, il est utilisé pour renforcer les liens qui unissent les membres d’un groupe lors des cérémonies marquant la vie de la communauté telles que les baptêmes, les mariages ou les enterrements. Certains dessins font même l’objet de commandes spéciales liées à un événement : il n’est pas rare de créer un pagne dédié à l’anniversaire d’un Chef d’Etat, à la Fête de l’Indépendance ou à la Fête des Mères.

Sources :
– Le site du consulat du burkina faso de Nice
– Histoire héritage du wax
– site mali-web
– site dakarflash

 

Mariam Camara

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