Étudiants africains en France


Les étudiants africains, une manne financière ; les pays occidentaux se livrent aujourd’hui une bataille acharnée afin d’attirer les étudiants étrangers et notamment les étudiants africains. La France est à la traîne mais commence à développer une véritable stratégie pour en attirer le maximum. On estime à 1,2 milliards d’euros les revenus générés par ce secteur dans l’hexagone chaque année. Les étudiants africains restent largement dominants, particulièrement ceux issus du Maghreb, du Cameroun et du Sénégal.

Voici le second volet de notre série d’articles consacrée à la communauté estudantine

Pour réaliser cette série, nous sommes allés à la rencontre des étudiants africains de la métropole roannaise. Celle-ci est plébiscitée pour sa proximité avec Paris et le coût de la vie moins élevée. La métropole de Rouen Normandie comptabilise 42 000 étudiants répartis principalement sur le campus de Mont Saint Aignan. La faculté de Rouen compte parmi ces effectifs 12% d’étrangers sur un total de 25 395 étudiants dont plus de la moitié sont originaires du continent africain.

Peux-tu te présenter (Identité, pays d’origine & formation)

Je suis Nathalie MBOKA, étudiante en dernière année d’école d’ingénieur à l’ISEGELEC.

Je suis originaire du Congo Brazzaville, cela fait maintenant presque 2 ans que je suis en France.

Pourquoi as-tu choisi la France plutôt qu’un autre pays ?

Avant de venir en France j’étudiais déjà dans un pays étranger (le Burkina Faso). J’ai donc procédé à une comparaison concernant les différentes formations proposées dans ce pays et la France, et c’est ainsi que mon choix s’est orienté vers la France. Par ailleurs j’ai de la famille (ma sœur) en France et je ne voulais pas apprendre une autre langue donc les pays anglophones étaient exclus.

Comment se sont passées les démarches administratives (école & visa)

La France dispose d’un organisme dédié aux étudiants étrangers dans de nombreux pays appelé Campus France. La majorité des démarches s’effectuent donc auprès de cet organisme.

Les étudiants Africains se plaignent souvent d’un excès de zèle de la part des fonctionnaires français en Afrique, en as-tu fait l’expérience ?

En effet j’ai été victime de cet excès de zèle, je garde un très mauvais souvenir de mes interactions avec cet organisme. L’agent administratif en place à Ouagadougou a toujours été très odieuse avec moi mais également avec les autres étudiants africains. J’ai tenté à plusieurs reprises de procéder à une inscription via Campus France et j’ai systématiquement reçu ce type de traitement.

A ton arrivée as-tu bénéficié d’un accompagnement de la part de ton pays d’origine ?

Je n’ai bénéficié d’aucun accompagnement. Les bourses sont accessibles uniquement aux étudiants des établissement publics.

Comment s’est passée l’adaptation à la vie française (climat, nourriture, mode de vie…)

Pour résumer “COMPLEXE”. Il n’a pas été évident de s’adapter au climat.Les premiers contacts avec les autres ont été très difficiles, j’étais souvent seule malgré mes efforts pour aller vers eux.

Comment t’es-tu recréée un tissu social ?

J’ai 2-3 amies que j’avais rencontrées en Afrique avec qui nous sommes très proches. Nous formons une famille, on s’entraide beaucoup.

As-tu été confrontée au racisme ? Si oui, comment l’as-tu vécu ?

Je ne pense pas que ce que j’ai vécu avec mes camarades soient du racisme mais plutôt de l’ignorance.

Sur le plan scolaire, quelles sont les points positifs que présente la France par rapport à ton pays ?

En France la formation est plus concrète, à travers des missions d’entreprise et des mises en situation sur le terrain. En Afrique il est difficile de trouver des entreprises prêtes à offrir des missions et quant aux stages ils dépassent rarement 3 mois et ne sont pas rémunérés. En ce qui concerne l’accès à la technologie dans les écoles cela dépend de l’établissement, certaines écoles en Afrique n’ont rien à envier aux écoles françaises.

Sur le plan personnel, quelles sont les points positifs que présente la France par rapport à ton pays ?

Ils sont nombreux : la diversité des formations, l’accompagnement proposé aux étudiants (APL, stage rémunéré), les loisirs.

Si ce n’est pas indiscret, comment finances-tu tes études ?

Actuellement les études sont financées par les parents.

Ressens-tu une solidarité entre étudiants africains ?

Oui il y’a une solidarité entre nous. Les étudiants africains se voient en dehors de l’école et tentent de maintenir un contact. On s’entraide lorsque l’un d’entre nous doit faire face à un problème, à travers un soutien moral, physique et financier. S’il faut on se sacrifie également, car c’est comme notre famille.

Y’a-t-il des conflits entre les étudiants Africains de différents pays ?

Non, je ne pense pas, je ne fréquente pas les associations d’étudiants Africains.

Comment se passent vos rapports avec les étudiants européens ?

Les autres étudiants ne souhaitaient pas se mélanger avec moi. En Afrique lorsqu’ une nouvelle personne intègre un nouvel environnement il est souvent accueilli, on se salue et on tente de la connaître. Parfois lorsque je saluais certains camarades de classe on ne me répondait pas. J’entendais souvent des murmures lorsque je prenais la parole, ils étaient surpris que je puisse m’exprimer correctement en français et dispose de la même formation qu’eux. Ils sont tellement remplis de préjugés sur l’Afrique, moralement ça a été très dur. Je pense que ces comportements étaient dû au fait qu’ils ont fréquenté très peu d’Africains.

Sentez-vous proches des étudiants français d’origine africaine ?

J’en connais quelques uns, cela se passe plutôt bien. On arrive à communiquer ensemble, nos rapports sont comme en Afrique, on garde le contact et nous formons une famille.

Y’a-t-il des organisations ayant pour but de réunir les étudiants africains (nés en France & en Afrique)

Personnellement je n’en connais pas.

Est-ce qu’il t’est arrivé de regretter ton choix ?

Oui car le France est un pays où l’on se réveille avec toujours un problème à régler. Et ce n’est pas le cas en Afrique, c’est maintenant que je me rends compte que n’avais pas de problème là bas. Je me sentais plus libre, ici j’ai ce stress permanent de devoir régler un problème. Il y’a trop de démarches administratives, c’est un aspect de la France qu’on ne connaît pas lorsqu’on est en Afrique. Le rythme de vie ici est plus complexe.

Souhaites-tu rester en France ? Dans un autre pays occidental ou l’Afrique ?

Après ma formation je souhaite rester pour un temps afin d’acquérir une expérience et rentrer au pays.

Quelles sont les raisons qui motivent ton choix ?

Je souhaite contribuer au développement de mon pays et créer des emplois.

Quel est ton projet professionnel pour ton pays d’origine si tu retournes un jour ?

Actuellement je souhaite me lancer dans l’entrepreneuriat et apporter de l’innovation dans mon secteur d’activité.


Adouni

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